no Lettres
les biens du monde aux Amans. Elles renotf.vellent un amour qui vieilliroit, & s’il lan.guissoit, elles le réveillent. Ce seroit, à lavérité, pousser la chose un peu loin, que dese procurer des absences tout exprès ; niaisenfin lorsque le hazard nous en procure, nousdevons, pester contr’elles & soupçonner en mê-me tems que nous pourrions bien leur avoirde l’obligation. Vous faites mal de vous ser-vir de toute la liberté que vous avez de voirvotre aimable Maîtresse à toute heure, & desjournées entières. Ce que vous gagnez parune íì grande assiduité, vous le perdrez furla durée de votre commerce. Vous ramasse-rez en un jour, ce qui^pourroit être répandudans toute une semaine. C’est une autre fau-te de la même espèce, de ne parler que d’a-mour à ce que vous aimez. Quelque plaisirqu’on prenne à entendre le détail de vos fcn-timens, il est impossible que vous ne tom-biez dans une infinité de redites, & les redi-tes ont un droit d’ennuyer qu’elles ne per-dent jamais. Je gage qu’au sortir d’avec vous,la Dame, peut-être lans s’en appercevoir, res-pire & reprend haleine. L’art des conver-sations amoureuses est, qu’elles ne soient pastoujours amoureuses. 11 faut faire de petitessorties, après quoi les retours vers ce qu onaime font beaucoup plus agréables. Mais ceque je ne puis du tout vous pardonner, c’estd’être toujours langoureux. Mettez-vous dansl’esprit que les Femmes veulent qu’on les ai-me , mais en méme tems qu’on les divertisse,& que qui fait l’un fans l’autre ne fait pres-que rien, & peut être choisiroient-elles plu-tôt d’être diverties fans qu’on les aimât, qued’être aimées fans qu’on les divertît. La lan-jjueur s lès usages, mais quand elle est per-
pétuelle;