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de son Mari sans manger, lorsque ses Parens,ses Amis, & les Magistrats mêmes l’allérentpresser inutilement de sortir de là. La Dameavoit une Suivante auprès d’elle, qui lui pré-test ses larmes, & qui entretenoit la lampequi éclairoit ce Monument. On ne parloit partoute la Ville que de cela ; & les hommes detoutes les conditions demeuraient d’accordque c’étoit là le seul exemple d’un véritableamour conjugal. Dans ce tems-là, le Gouver-neur de la Province fit pendre des voleurs degrands-chemins, assez proche de Pendrait oùcette Femme pleurait ion Mari. Lanuitd’a-près cette exécution, le Soldat qui étoit engarde aux potences, de peur qu’on n’empor-tât les corps qu’on vouloit qui servissent d’ex-emple, ayant vû de la lumière, & entendules cris d’une personne affligée , voulut savoirce que c’étoit. II descendit dans le Monu-ment , & y voyant une fort belle Femme, lelieu lui fit croire d’abord, que c’étoit un fan-tôme. Enfin voyant un corps mort, des gensqui le pleuraient, & une Femme qui se dé-chirait le visage, il crut ce que c’étoit, quecette Femme étoit au désespoir de la pertede son Mari. Sur cela il fit dessein de laconsoler: pour cet effet il commença parap-
Í >orter son petit souper auprès d’elle, & parui vouloir persuader de ne pas continuer dansune douleur inutile: que c’étoit-là le destinde tout le monde : qu’on ne vivoit que pourmourir, & tous les lieux communs dont onse sert pour adoucir la douleur des personnesaffligées. Mais la Dame offensée de ce qu’onla croyoit assez foible pour se consoler, re-doubla ses cris, se frappa plus rudement lagorge qu’auparavant ; & jetta fur le corps, dumort une partie des cheveux qu’elle s’étoit
arrachez.