Relations. 193
arrachez. Çependant, le Soldat ne se rebutapoint, & se servoit, pour faire manger cettedesesperée, des mêmes raisons qu’il avoitemployées pour la faire vivre. La Suivanteémue de l’odeur des Viandes, du Vin, & desraisons du Soldat, y donna les mains; &après avoir bû & mangé, elle commença decombattre l’opiniâtreté de fa Maîtresse.,, Que vous scrvira-t-il, lui dit-elle, de vous„ faire mourir de faim, de vous enterrer toute„ vive, & d’avancer vos jours par une mort„ précipitée?
Croyez-vous que les morts soient touchez devos larmes?
„ Pensez-vous ressusciter votre Mari avec vos,, cris? Jouissez de la vie tandis que vous l'a-„ vez. L’érat où vous voyez ce corps, vous„ apprend à aimer la vie. II n’est pas mal-aisé de persuader les gens de vivre. Cette Damedesséchée par les pleurs qu’elle avoit versez,& par l’abstinence de quelques jours, se laissavaincre, & ne mangea pas moins qu’avoit faitfa Demoiselle. Du reste, on sait à. quoi nous
Î iortent ordinairement Cerès & Bacchus. Aveces mêmes grâces que le Soldat avoit employéespour faire vivre la Matrone, il attaqua fachasteté. 11 ne paroissoit ni sot, ni mal-faità notre Lucrèce. La Demoiselle même luirendoit de bon offices, & disoit à fa Maîtresse ;Quoi! vous défendrez-vous d’un amour quivous fiait?
Mais pourquoi vous tenir plus long-temsen susoens ? La Dame ne crut pas devoir re-fuser son corps à celui qui venoit de le luisauver ; & le Soldat victorieux lui persuada del’aimer, comme il lui avoit persuadé de vivre.Ils demeurèrent donc ensemble, non seule-ment cette nuit, mais encore le lendemain,Tome H, I & le