Relations. 231
Nous ne pouvions terminer notre voyagepar un lieu qui nous laissât une idée plusagréable : aussi dès le moment ne songeames-nous plus qu’à retourner à Paris. Notre dé-votion nous fit pourtant détourner un peupour aller à la Sainte Baume. C’est un lieupresque inaccessible, & que l’on ne peut voirsans effroi. C’est un Antre au milieu d’un ro-cher escarpé, de plus de quatre-vingt toisesde haut, fait assurément par miracle , car ilest très-aisé de voir que les hommes
E’y peuvent avoir travaillé,
Et l’on croît avec apparenceQue les Saints Ecrits ont tailléCe Roc, qu’avec tant de confianceLa Sainte a fi long-tems mouilléJ)es larmes de fa pénitence.
Mais fi d’une adrefie admirableIl Ange a taillé ce Roc divin ,
Le Démon cauteleux gèf finEn a fait sabord effroyable;
Sachant bien que le PelerinSe donneroit cent fois au Diable ,
Et se damnerait en chemin.
Nous y montâmes cependant, avec beau-coup de peine , par une horrible pluye ; maispar la grâce de Dieu fans murmurer. Dèsque nous y fûmes arrivez, il nous prit uneextrême impatience d’en partir. Nous exa-minâmes donc assez brusquement la bizarreriede cette demeure, & en un moment les Re-ligieux qu’on y trouve nous instruisirent deleur Ordre , de leur coutume, & de leur ma-nière de traiter les Passans. Car ce font lesReligieux qui les reqoivent, & qui tiennentHôtellerie.
L’on