248 Relations.
leur pkit se font entendre à tout le monde :Elle a la Physionomie d’une personne fort sa-ge & retenue ; où il paroit néanmoins un fondd’adresse & de finesse, dont elle se sert quandelle veut.
Après que je l'eus saluée, je m’enquis adroi-tement où étoit Aminte ; quand je le sus, jèm’allai loger en une maison fort éloignée dela sienne ; & quand je la voyois, je lui parloirde toute autre chose que de mon amour. Jedemeurai assez long-tems dans cette Citadel-le traînant une misérable vie, & n’ayant com-merce avec personne.
Je ne faìsok que répandre des pleurs ,
J’alois mourir fans que jamais AminteEût entendu la moindre plainteDans mes plus cruelles douleurs}
Et j’attendois avec respect , ^ crainte ,
D’Aminte , ou de la Mort la fin de mes maUheurs.
Seulement en tous lieux je fuivois ma Maîtresse,Et mes yeux lui dìsoient ce que souffrit moncœur j
Mes soupirs enflammez , ma profonde trijleffeLui faijoient affez voir quel étoit mon vain-queur.
Amour prenoit souvent pitié de moi, &me vouloit quitter ; mais je lui faisois tantd’amitiez , qu’il ne pouvoit s’y résoudre.
Au bout de quelque tems, je fus encoreplus misérable; car Aminte s’étant appercuede mon Amour par mes actions, s’alla reti-rer dans l’Antre de la Cruauté. Cet Antre estun Rocher si escarpé, qu’il est très-difficiled’y monter, h'entrée en est défendue à tousles Amans, & est gardée par des Tigres. Jevoulus arrêter Aminte, fur le point qu’elle y
voulut