Relati'ons. 249
voulut outrer; mais j’en fus empêché par unegrande Femme fort laide, & d’un regard fa-rouche : les yeux lui fortoient de la tête ;elle a de grands bras secs , & prodigieux ;elle traite tout le monde de haut en bas, &se plaît à tourmenter ; un seul de ses regardsjette le désespoir dans le cœur.
Elle se nomme Cruauté ;
C'ejl une fort laide Princesse,
Et qui pourtant accompagne sans cesse
Et la Jeunesse tjf la Beauté.
J’eus une si grande frayeur en la voyant,que je me retirai, & m’en allai fur le bordd’un grand Fleuve, qui descend du bout duRocher.
Ce Torrent n’a point dé autre source
Que les yeux de tous les Amans ,
Qui par leurs pleurs mêlez à leurs gémìjsemensAu travers du rocher précipitentfa course,
Son onde en s’écoulant a moulu le rocher sSon murmure plaintif se sait par-tout entendre jLes Arbres N les Fleurs s’y font laissé tou-cher ;
La seule Cruauté sait toujours s’en défendre.
Ce Torrent est entouré d’un Bois fort épais& fort sombre ; toutes les écorces des arbresfont gravées, & l'on y voit les pitoyablesHistoires de plusieurs Amans : tout ce Boisretentit de cris & de reproches : l’Echo n’yrépété que des choses tristes & lamentables,& tout enfin ne parle que de mort en cetriste lieu. Ce fut là que désespérant de pou-voir tirer Aminte d’entre les bras de la Cruau-té , je m’écrìois souvent :