REIATIONS. 2s?
Château situé au milieu d’un grand Bois, &]à demeure toujours une triste personne qu’onnomme l’Abfence : on ne la voit guéres, ellea toujours les yeux couverts de larmes , & estpar conséquent fort abatue & défigurée : elle esttoûjours en deuil, & fans cesse accompagnéede la Rêverie, qui est auísi fort maigre : sesyeux ne s’arrêtent jamais fur aucun objet, Scvoyent tout fans rien voir : elle ne prend gar-de , & n’est attentive à rien : elle ne parlejamais que mal à propos, & ne répond presquepoint à ce qu’on lui demande : elle semblerecueillie en elle-même, & n’aimer que sacompagnie: la chute des eaux, & le douxmurmure, & le chant des oiseaux sont son en-tretien ordinaire.
Je fis grande amitié avec elle, & me con-formai fort à fa faqon d’agir; je promenois madouleur dans les plus vastes solitudes, & m’en-tretenois seul de même qu’elle avec les Bois,les Ruisseaux, les Echos: je souffrois cepen-dant mille rudes peines : je sentois toujoursl’envie de voir Aminte, & je ne la pouvoiscontenter; & ce que je trouvois de fâcheux,c’est que le tems dure en ce lieu-là plusqu’enaucun endroit du monde ; les momens y fontdes heures, & les heures des jours : l’on ren-contre par-tout des Ennuis, qui font de grandshommes Fort dégoûtans, & qu’on ne peutnéanmoins s’empêcher de voir ; car ils fonten si grand nombre, qu’on ne peut les éviter.Enfin las de vivre en un si cruel martire &tourment, prêt de mourir, je composai cesVers :
Enfin U faut mourir, mes maux fout faus re-mede
Les vouloir apaiser ne fait que Us aigrir;
Et dans