zgz Mémoires pour l’Histoire
n’étoit rien en comparaison de ce que je de-vois voir au bord de la riviere: j’avois ignoréjusque-là ce qui s’y passoit, les exclamationsde mon jardinier qui étoit descendu au bas del’efcalier, m’y appellérent ; je m’arrêtai sur lamarche qui étoit presqu’au niveau de l’eau:ce fut alors que j’eus un spectacle qui surpas-soit beaucoup celui que j’avois désiré & atten-du. La quantité d’éphémeres qui remplissoieutPair au-dessus de tout le courant du bras de ri-viere , & fur - tout auprès du bord où j’étois,n’est ni exprimable ni concevable ; mais c’étoitprincipalement autour de moi & de ceux quim’avoient accompagné, qu’elle étoit plus pro-digieuse. Lorsque la neige tombe à plus grosfloccons, & plus pressés les uns contre les au-tres , l’air n’en est pas si rempli que celui quinous enviroiuioit, l’etoit d'éphémeres. A peineeus-je resté quelques minutes dans la mêmeplace , que la marche fur laquelle mes piedspofoient, fut toute couverte d’une couche d’é-phémeres, qui n’avoit nulle part moins de deuxou trois pouces d’épaisseur, & qui en certainsendroits en avoit plus de quatre. Près de ladernière marche , une étendue de surface dePeau de cinq à six pieds au moins en tout sens,étoit entièrement cachée par une couche d’é-
f >hémeres; ce que le courant plus lent làqu’aìl-eurs, en emportoit, étoit plus que remplacépar celles qui tomboient continuellement danscet endroit. Plusieurs fois je fus obligé d’a-bandonner ma place, & de remonter au hautde Pescalier , ne pouvant plus soutenir cettepluye d’éphémeres , qui ne tombant pas ouaussi perpendiculairement qu’une pluye ordi-naire,