332 Prosodie Françoise;
II.
Avant que de rechercher en quoi la Prosodieest utile à l’Orateur, pour qu’ii dbnne de l’harmo-nie au discours, c’est une nécessité de faire voir,mais en peu de mots, que cette harmonie estquelque chose de réel.
Personne, je crois, ne peut nier que les trente' plus méchans vers de Chapelain , & les trente meil-leurs vers de Racine ou de Despreaux, ne fassent• à Foreille un effet bien différent. On juge ceux-ci plus harmonieux que ceux-là. Or est-il que toutjugement, qui se fait par comparaison, suppose, qu’on a de quoi former un jugement absolu. Par. conséquent il porte sur des principes, lesquels, nous■ fussent-ils entièrement inconnus, ou meme impé-i nétrables , n’en seraient pas moins certains , ôen’en prouveraient pas moins la réalité (<»):del’har-tnonie dans le discours.
Mais bien loin que ce soit un mystère difficileà pénétrer, Aristote & Cicéron en ont parlé trèsclairement. Tous les deux adoptent les mêmesprincipes ; & s’ils n’en font pas toujours la mêmeapplication , c’est que leurs Langues ne sont pas lesmemes. Voyons, à leur exemple, ce que la nôtredemande, ce qu’elle défend. Je m’attacherai àCicéron, qui est ici (£) plus étendu, plus métho-dique même qu’Aristote. On apprend de lui,pre-mièrement,, à. qui sont dûes les plus anciennes ob-
scrva-
('*) EJT C >gttut in or Mi ont numerum quemiam, non est dijjidltu&mscere. Juiicat enim fensm. In quo iniquum est, quoi ucci-dit, non agnoscere, fi, íur id aicidat, teptrin ntqueamut. O-lat. IV.
(b) Voyez le dernier livre de Oratore, depuis le Chap.XUX, & ì’Orríor, depuis le.Chap. EU, jusiju’à la fin.