zz8 Prosodie Françoise,’
Toreille. Juge, en efïet, le plus orgueilleux qu’onpuisse imaginer: car il prend son parti dans l’instanr,& fans daigner, ni écouter aucune remontrance,ni rendre aucune raison de ses arrêts.
Pour obéir à Toreille, jamais ne négligeons lenombre, mais varions-le souvent. Elle demandequ’on soit attentif à lui plaire, sans que cette at-tention íè fasse remarquer. Une fuite de périodes,toutes de la même étendue, dont les membres se-rment également partagés, & qui produiroient unnombre uniforme, ne manqueroit pas de fatiguer,& décéleroit un art odieux. II faut couper nosphrases à propos. Mais il y a une manière de lescouper, qui, bien loin d’interrompre Tharmonie,sert à la continuer, & la rend plus agréable. Carne confondons pas le style qui n’est pas périodi-que, avec le style qui n’est point lié. On peutn’être pas toujours périodique ; il y a même plusde grâce à ne J’être pas toujours : mais on doittoujours lier ses phrases,de manière qu’elles soientenchaînées Tune avec l’autre. Je porte envie auxGrecs,dont la Langue étoit si abondante en con-jonctions : au-lieu que la nôtre n’en conserve quetrès peu h encore voudroit-on nous en priver. Riende plus contraire à Tharmonie, que des repos tropfréquens, & qui ne gardent nulle proportion entreéux. Aujourd’hui pourtant c’est le style qu’onvoudroit mettre à la mode. On aime un tissu depetitesphraies isolées, décousues, hachées,déchi-quetées. II semble que la valeur d’une ligne soitune immense carrière, qui suffise pour épuiser lesforces de T Auteur j & qu’ensuite, tout hors d’halei-ne, il ait besoin de faire une pause, qui le metteen état de recommencer à penser. Ordinairementces sortes de gens ont des idées aussi bornées, &aulïï peu fiées, que leurs phrases. Vraies copies