ï4 Voyage au Campy a au monde de plus agréable , que lesvapeurs que cette composition lui por-toit au cerveau , égayoient ses esprits,lui fortifioient la mémoire, 8c fournis-soientdu raisonnement pour soutenir unelongue conversation : je remarquai pour-tant que cette herbe lui avoit tellement af-foibli les nerfs, qu’il trembloit conti-nuellement de tous ses membres, 8c queses mains ne pouvoient rien tenir avecfermeté.
On dit que les gens qui ont fait un longusage de ce Berge, auffi-bien que del’Opium, en sont d’ordinaire si profon-dément assoupis , que s’ils entendoienttirer auprès un coup de Fusil, ou si quel-qu’un leur crioit un peu fort aux oreil-les , ils tomberoient de peur, du moinsils s’éveilleroient en sursaut, 8c aussitroublés que s’ils. revenoient de l’autremonde : le malheur de cette habitudec’est, qu’ils ne sauroient plus se passerdu Berge , qu’on se meurt de chagrinquand on n’en a pas, qu’on n’aime plusà manger que des fruits , au heu deviande , très-peu de toute autre cho-se , 8c qu’on ne sauroit souffrir levin , ni rien de tout ce qui peutexciter la joie : ces gens donc , qu’on