s RELATION HISTORIQUE
Jeudi suivant, je sus ordonné Diacre & Prêtre par Dom Jérômede Govea. LeDimanche 25. d’Avril je dis ma premiere Messe.Le Mardi comme le temps étoit fort couvert, qu’il faisoit beau-coup de vent & de pluye, que la saison étoit très-avancée, ontint plusieurs Conseils pour nous empêcher de partir ; mais letems s’étant éclairci, & le vent ayant changé presque tout-à-coup , nôtre Capitaine général mit Pavillon dehors le Jeudi 29.d’Avril, & tira quelques coups de canon pour avertir qu’il alloitmettre à la voile. Chacun courut au plus vîte s’embarquer : nonseulement nous sortîmes ce jour-là de lariviere, mais nous per-dîmes la terre de vûë. La Flotte étoit composée des vaisseaux laConception, le S. Joseph, le S. Charles, le S. Thomas , d'unGalion & d une Caravelle qui portoit de l’eau & une partie de nosprovisions.
Dom Alfonse deNoronha qu’on envoyoit Viceroy aux Indesmontoit le premier vaisseau, & avoir pour Capitaine FrançoisLobo.François Enriquez servoitd’Amiranteavec patente de Ca-pitaine général, mais il ne devoir en faire les fonctions qu’au re-tour.Les autres Officiers étoient Rodriguez Lobo,Nunho Perei-raFreres, Gonçalve Rodriguez d’Acunha. II ne s’étoit depuislong-tems embarqué tant de Noblesse pour aller aux Indes. Nouseûmes un beau frais en sortant. La Mer étoit unie comme uneglace, & jamais navigation ne fut plus heureuse dans son com-mencement ; mais lorsque nous fûmes entre Flsie de Teneriff &la Terre-Ferme,le vent nous chassa à la côte, & des courans très-rapides nous porterent avec violence fur les bases de Sainte An-ne. Ce fut-là nôtre premier malheur, & la source de tous ceuxqui nous arrivèrent dans la fuite. Nous eûmes pendant deux mois& demi ou calme ou vent contraire, & nous ne pûmes quitter lesCôtes de Malaguete, ni sortir du Golfe de S. Thomé, quelqueeffort que nous fissions pour nous élever. C étoit le tems de laMonçon,le voisinage de la terre augmentoit les chaleurs qui fontexcessives près de la Ligne, principalement dans cette saison. Lespluyes étoient fréquentes , &il ne tomboit pas une goûte d’eaufur aucune partie du corps,qu’il ne s’y formât une ampoule pleined’une infinité de petites bêtes dont nous étions extrêmement in-commodez.
La maladie se mit bien-tôt dans nôtre Flotte ; il étoit diffi-cile que cela arrivât autrement. Nôtre Navire étoit revenu des