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Voyage Historique D'Abissinie / Du R. P. Jerome Lobo ... ; ... Traduit du Portugais, continué & augmenté de plusieurs Dissertations, Lettres & Mémoires. Par M. Le Grand ...
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6 RELATION HISTORIQUE

autres que nous ne connoiíïòns point dans nos Mers, & dontnous ne fçavions pas même les noms. Le premier poisson quel'on prend se vend à Fenchere, pour quelque Confrairie ; & sou-vent un poisson qui ne vaut pas trente fols est vendu vingt écus»la vanité se mêlant à la pieté le fait monter à un prix excessif.

Nôtre pêche finie, nous levâmes Fancre, & continuâmes nô-tre route ayant le Cap vers lIíle S. Laurent. Nous arrivâmes enpeu de jours fur les Côtes de la Terre de Natal, si connue par legrand nombre de naufrages que les Portugais y ont fait. La Mery est ordinairement fort grosse, les vents y font furieux, les ton-nerres fréquens ; on est souvent obligé dans ce passage de lier lesNavires avec de gros cables, de peur quils ne sentrouvrent.Cette précaution que nous prîmes ne nous fut pas inutile, carquoique nous neuffions pas dabord un fort mauvais tems , néan-moins le jour de loctave de S. Pierre & S. Paul > lair commençaà se charger de nuages, & bien tôt après le tonnerre se fit en-tendre ; il tomba le long du bâton du Pavillon, & courut toutle tillac qui étoit couvert de monde : cependant il ne fit dautremal que de brûler legerement un soldat au visage, & en blesserun autre à la tête ; puis sortit par un sabor, & nous le vîmes faireplusieurs ricochets fur leau.

On visita aussi tôt le Navire, & comme on le trouva en bonétat, nous fîmes une procession pour remercier Dieu de nousavoir préservez dun si grand péril. Je crûs même quil étoit demon devoir de faire fur ce sujet une petite exhortation à tous lesOfficiers & àlEquipage, afin de les obliger de rentrer en eux-mêmps, & de demander pardon à Dieu de leurs pechez.

Après avoir racommodé quelques manœuvres, nous allâmesreconnoître le Cap S. Romain, qui est au Sud-Oiiest de IIíleS. Laurent, puis nous gouvernâmes pour passer entre lIsle &IaTerre-Ferme, prenans bien garde de donner fur les basses deJudea&de Jean de Moua, si redoutées de tous ceux qui navi-guent dans ces Mers. Nous fûmes assez heureux pour les éviter,& nous eûmes une joye extrême , lorsque nous vîmes la terre.Nous ne songions guéres aux malheurs qui nous attendoient,parce quaprès avoir passé les bancs de Sofala, & étant si près deMozambique nous devions relâcher, nous ne pouvions nousimaginer quil y eut rien à craindre pour nôtre Flotte. En esset,on n étoit plus qu à dix ou douze lieuës de Mozambique, lors-