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qu’on cria qu’on voyoit un Nanire : on crût d’abord que c’étoitune Pangaye qui venoit au devant de nous * & qu’on envoyoitde la Côte pour nous donner des nouvelles de la Flotte. Chacunse faisoit un plaisir de voir arriver ce petit bâtiment, & on futfâché de ce qu’on le perdit de vûë pendant quelque tems; maisnôtre joye se changea bien-tôt en tristesse, quand nous recon-nûmes que ce que nous avions pris pour une Pangaye , étoitunNavire de haut-bord , qu’il étoit suivi d’un second , puis d’untroisième, & enfin d’un quatrième. Nous ne pouvions encorediscerner de quelle nation ils étoient, mais ayant vû bien - tôtaprès qué c’étoit des Vaisseaux de guerre, chaque Capitaine or-donna qu’à tout évenement on tint deux pieces de canon prêtes.Après que ces Vaisseaux eurent tiré plusieurs fusées & fait beau-coup de signaux, un se détacha & s’aprocha si près de nous, quenous pouvions aisément lui parler ; nous connûmes par la lumiè-re que nous voyions paroître de tems en tems qu’il se préparoitpour nous combattre. Alors nous lui tirâmes un coup de canonà balle, le boulier passa beaucoup au dessus de ce Navire ; il nousrépondit d’un pareil coup , & s’éloigna pour aller reconnoîtreles autres Vaisseaux qui le reçûrentde la même maniéré. Nousn’avions que le Galion & trois Navires. Le S. Thomas s’étoitséparé de nous avant que nous eussions doublé le Cap de Bonne-Eí’perance ; le S. Joseph ri étoit pas en état de faire une vigou-reuse résistance, le Commandant & les principaux Officiersétoient malades, & l’on n’avoit point de tems pour se préparerau combat. L’Ennemi ayant aperçû que ce Vaisseau étoit foible,il lui donna toute sa bordée, & allaenmême-tems rejoindre íbnEscadre. Elle étoit de six Navires, sçavoir de trois Anglois &trois Hollandois, chaque nation commandoit fa semaine alter-nativement ; il y avoit près d’un mois qu’ils étoient venus de Ja-catra dans ce parage : ils tenoient la Mer pendant le jour ; & lanuit ils moùilloientprès de terre. Peu de tems avant que de nousattaquer, ils apperçûrent une Pangaye qu’ils crûrent venir de laRiviere de Quama. Le Navire Anglois qui commandoit lui don-na chasse, ôc la poursuivit si vivement, qu’il alla échouer lui-mê*me sur un banc qui étoit près de la Coste ; il ne pût jamais se re-lever , & les Ennemis furent obligez d’y mettre le feu, après enavoir tiré l’équipage, le canon, & les munirions. Nous espérâ-mes que cette perte nous faciliteroit le moyen de nous sauver ,