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Voyage Historique D'Abissinie / Du R. P. Jerome Lobo ... ; ... Traduit du Portugais, continué & augmenté de plusieurs Dissertations, Lettres & Mémoires. Par M. Le Grand ...
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mentales Soldats qui sy étoient le plus signalez vinrent en fouleprier le Vice-Roy de les armer Chevaliers suivant la coutume.'Le Vice-Roysaísitdans son fauteuil pour cette cérémonie, &en même-tems arrivèrent des Pilotes de terre pour nous con-duire dans le Port. Nôtre Navire avançoit toujours, & plusieursla fonde à la main, crioient tout haut que nous navions plus quetreize brasses deau,puis douze, puis onze : mais quand on criaquilny en avoir que neuf, un Religieux sortit de sa petite cham-bre pour dire quil falloir mouiller. Le bruit étoit si grand, quejamais ce Religieux ne pût se faire entendre ; ceux qui soudoientsétoient trompez , ils avoient dit dix, lorsquil ny avoir plusque huit brasses deau : la Mer même se retiroit, de sorte quenun moment nôtre Vaisseau toucha sur un rocher. On voulut cou-per le grand mast, mais le Navire étoit déja fur le côté & se bri-íòit ; & ne voyant plus de remede, chacun ne songea plus quàíè sauver, jamais désordre ne fût pareil. Le Vice-Roi qui étoitdans le Château de poupe mappella pour lui aider à emporterses papiers, & quelque autre chose de prix quil me confia. LeS. Charles qui nous suivoit ne vit point les signaux que nous luifîmes, il vint se mettre entre nôtre Vaisseau & lisle S. Antoine il échoua. Comme on nous avoit envoyé de Mozambiqueplusieurs de ces bateaux que l'on appelle Almadies, le Vice-Roise mit dans un avec huit personnes , & je fus de ce nombre. Mal-heureusement nos -rameurs ne prirent pas bien l'entrée du Port,&nous fûmes contraints de tourner tout au tour pendant unegrande partie de la nuit, touchans à tous momens, & étans con-tinuellement en danger de périr. Le Capitaine Philippes Lobo,qui étoit dans le Vaisseau , ne manquoit pas doccupation. II crai-gnoit que les Hollandois ne revinssent fur nous, &ne profitassentde nôtre malheur ; mais comme ils sçavoient que le S. Josephétoit échoué sur les bancs de Mógicaly, ils étoient allez de cecôté-. Pour nous, après avoirlong-tems vogué fans sçavoir nous étions, nous entendîmes un peu de bruit dans un lieuplanté de Palmiers. Un soldat de la chaloupe se jetta à la mer,& alla chercher quelquun qui nous enseignât le chemin. II nousamena un Noir qui nous fit entendre du mieux quil pût que nouslaissions Mozambique derriere nous, & quil falloit revirer debord. Quoique nous eussions couru de très-grands périls, aucunnapprocha de celui nous nous trouvâmes, lorsque nous

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