'nous pourrions gagner Cochim, nous n’y arrivâmes néanmoinsque quelques jours après.
Dès que l’on íçût à Cochim que le Viceroy étoit dans la Ga-liotte, toute la Ville sortit pour le voir. La mer fut en un mo-ment couverte de bateaux plus ornés les uns que les autres, &la plupart remplis de Musiciens quijoùoient & chantoient à lamode du Pais. Nos Peres ne furent pas des derniers à rendreleurs devoirs au Viceroy ; ils vinrent dans un balon qui n’étoitpas moins magnifique que le sien , & nous Raccompagnâmesjufqu’à son Palais. Nous trouvâmes une infinité de monde fur lerivage, & le long des rues par où nous passâmes, tant la curiositéétoit grande de voir des Regnicoles ; c’est ainsi qu’ils appellentceux qui arrivent,ou qui font nouvellement arrivez, pour les dis-tinguer de ceux qui sont nés ou établis depuis long-tems dans lesIndes. Ces derniers néanmoins ne se font que trop connoîtrepar leurs vices sc par leurs mauvaises inclinations ; sc on ne peutcroire fans le voir, combien les enfans même font en ce païs-làenclins à mal faire, la malice prévenant beaucoup en eux lagede raison. Après que nous eûmes accompagné le Viceroy auPalais , nos Peres suivant la coutume nous menerent en proces-sion par toute la Ville. Nous étions précédés d’un grand nombrede Musiciens qui chantoient & joùoient des instrumens. Le peu-ple qui remplissoit les rues ,nous donnoit mille bénédictions , &pleuroit de joie de nous voir arrivés. Nous autres peu accoutu-més à ces maniérés, marchions dans le milieu de la rue les yeuxbaissés j souhaitans de voir biemtôt finir ce spectacle. Nous arri-vâmes ainsi à PEglise , où quelques-uns de nos Peres Sc tous lesSéminaristes nous attendoient.
Nous allâmes d’abord nous jetter aux pieds des Autels, pourremercier Dieu de nous avoir sauvés de tant de périls que nousavions courus depuis nôtre départ de Lisbonne. Cependantla Musique chanta le Benediólm , les orgues répondirent j Scce Cantique chanté Sc nos prières achevées , on nous conduisitau College , où tous nos Peres nous embrassèrent l’un aprèsl’autre , nous témoignant l’extrême joie qu’ils avoient denous voir. Puis ils nous préparèrent un bain d'eau de senteur,ainsi qu’il se pratique en ces païs-là ; Sc ils nous le firent prendreplus d’une fois. Les Indiens aiment à se baigner souvent, Scnous reprochent d’être.toûjours crasseux Sc mal-propres ; ces re-
B iij