i2 RELATION HISTORIQUE
la Côte des Indes, d’où nous étions éloignés de deux journéesou environ. Nous n’avions plus que deux pataches avec nous ;une, comme jel’ai dit, s’étoit séparée de nous en sortant deMozambique , & avoit relâché à Ceylan ; l’autre étoit à Cou-laon, qui est à vingt-cinq lieues du Cap de Comorin. Ces deuxpataches avoient pris ces routes différentes, pressées en partie parle mauvais tems, & en partie auslì pour ne pas rencontrer les'Anglois & Hollandois , car nous appréhendions toujours cesdangereux Ennemis ; de forte que le Viceroy, qui se souvenoitqu’ils nous avoient menacez de nous venir attendre dans quel-quç port des Indes, détacha une de ces deux pataches, & l’en-yoya devant avec ordre à celui qui la commandoit, s’il décou-Vroit les Ennemis, de faire certains signaux qu’on lui marqua ;ainsi nous allions à trois lieues de distance l’un de l’autre.
Nous étions à l’entrée de la nuit, lorsque la patache prit lesdevans, & nous la suivions toujours ; mais son Pilote croïantavoir pris trop au Nord changea un peu fa route. Nous en fîmesautant, & bíen-tôt après ceux qui étoient fur nôtre Cahote,aïant reconnu que la patache gouvernoit trop au Sud , firentmettre le Cap un peu plus au Nord ; & véritablement ils avoientraison. La patache alla à Coulaon , & nôtre Galiotte aborda àPorca, qui est à douze lieues de Cochim. Nous eussions bienvoulu venir droit à Cochim, & nous fîmes ce que nous pûmespour cela ; mais les courans nous entraînèrent, & nous avionsvent contraire ; de forte que nous ne pouvions nous servir ni denos voiles, ni de nos rames : nous fûmes ainsi douze jours dansce parage, fans pouvoir arriver à Cochim. On nous envoya deterre du pain frais, de la viande ôc du poisson, & beaucoup d’au-tres rafraîchiíìémens qui nous firent d’autant plus de plaisir, quenous étions extrêmement fatigués d'un si long voyage. Le temsmême paroissoit assés beau, mais lorsque la Lune se leva , l’airse remplit de nuages épais, il commença à éclairer d’une si gran-de force, que le Ciel parut tout en feu j le vent, & la pluie suivi-rent bien tôt, & la tempête fut si grande, que nous fûmes obli-gés de jetter jusqu’à quatre ancres à la mer, pour arrêter nôtreGaliotte : nous fûmes quatre heures entieres entre la vie & lamort, prêts à périr à chaque instant. Cette tempête passée, nouseûmes un calme plat qui dura tout le jour suivant, ensuite il s’é-leva un peu de vent ; nous crûmes qu’avec l’aide de nos rames