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Voyage Historique D'Abissinie / Du R. P. Jerome Lobo ... ; ... Traduit du Portugais, continué & augmenté de plusieurs Dissertations, Lettres & Mémoires. Par M. Le Grand ...
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fins quî, mécontens de la conversion du Roy leur Maître,-ditoient une révolte. De plus, le Roy de Zeila haïíToit mortel-lement les Portugais ; ôcdèsquil vit les deux Jésuites, il jurade vanger dans leur sang la mort de son Ayeul que Christophlede Gama avoir tué plusieurs années auparavant. Ainsi il ne lesépargna pas; & après les avoir fait languir quelque tems dansles prisons , il ordonna quon leur coupât la tête. Nous aurionseu la même destinée, si Dieu ne nous avoir voulu réserver pourde plus longs travaux. Nous eûmes foin, avant que départirpour Melinde, de nous fournir de tout ce que nous crûmes né-cessaire pour nôtre voyage; nous achetâmes des habits Arabes,turban, robe, chemises avec des manches fort larges, écharpes,caleçons, qui nous defcendoient íur le bout des pieds, soulierspointus 5c retroussés par le bout, ôc nous portâmes avec nousquelques toiles peintes, des bonnets rouges, de la rasade, Ôcautres menues bagatelles pour faire des presens. Nous partîmesen cet équipage mon compagnon ôc moy, résignez entierementà la volonté de Dieu. Nous prîmes congé de nos amis, commesi nous eussions mourir bien-tôt. Le péril nous nous ex-posions étoit présent à nos yeux. Nous nous représentions desdéserts affreux, des montagnes impraticables,des forêts que per-sonne navoit encore traversées ; ôc de plus, lavarice, la cruauté,linfidélité de tentes les nations qui peut-être navoient jamais vudhommes de nôtre couleur : toutes choses très - capables denous faire abandonner nôtre entreprise, si Dieu pour f amourduquel nous nous exposions à tant de périls, ne nous avoir soû-tenus ôc fortifiés par fa grâce toute-puissante. Nous sortîmesdonc de Goa le z 6 . Janvier de Tannée 1624. fur une GalionsPortugaise qui passoit à Mozambique, le Commandant avoir or-dre du Viceroy de nous mettre à terre à Pâté. C est une Isle quiappartenoit aux Mores, ôc-nous avons un Comptoir qui relevsdu Gouverneur de Monbaça. Nous menâmes avec nous un jeu-ne Abissin pour nous servir d Interprété. Nous arrivâmes enonze jours fur cette Côte, que Ton appelle le Désert, entre leCap de Gardasse Ôc Magadoxo. Nous neûmes aucun de ces acci-dens qui font si ordinaires fur la mer ; mais en rangeant la Côte,nous donnâmes fur des bancs, ôc nous serions péris infaillible-ment , si nôtre Galiotte avoir été moins legere, ou si nous avionseu un peu plus de vent. Dieu permit encore que nous mouillas-