D’AB ISSINIE. 2i
clance : il y a un fi grand nombre d’Elephans dans toute cetteCôte', que quoi qu’il n’y ait que les mâles qui portent l’y voire,on en charge néanmoins plusieurs Vaisseaux chaque année. II ya de trois sortes d’ambre, du gris, du brun & du noir; le der-nier est plus commun & moins cher que les deux autres efpeces.Pour les cocos de Maldive, ils se vendent au poids de l argeur.L’ambre & le cocos se ramassent sur le bord de la mer, & appar-tiennent au Roy ; mais il en profite peu, par le foin que ceux quien trouvent prennent de les cacher. II n’y a pas de meilleurs es-claves que ceux de cette côte, & particulièrement que les Ma-racates; ils demeurent à deux journées de Juboplus avant dansles terres, où ils occupent une assés grande étendue de pais; ilsont le visage assés beau, le corps bien fait ; ils font très-adroits,& ne font pas aussi noirs que les autres. Lors qu’il leur naît unefille, ils lui cousent les parties, que son mari seul peut décou-dre , & ils tiennent à un très-grand déshonneur d’avoir dans leurfamille une fille qui n ait pas été chaste ; & certes, quoique cettecoutume soit un peu barbare, on ne peut s’empêcher d’estimerle soinqu’ils ont de conserver parmi eux une vertu si rare partout ailleurs. Du reste, ils font traîtres , fourbes , & très-mé-chans. Cette Côte est toute remplie de Serpens, aufiî-bien quede Lions, de Tigres , d’Elephans , de Singes , de Cerfs, de Ga-zelles. II y a des Singes grands comme des veaux de quatre mois,& des Serpens longs de quinze palmes, & plus gros qu’un hom-me ordinaire ; on trouve dans la tête de ces Serpens une pierrepareille à celle debezoar, de la grosseur d’un œuf ou environ.On la dit excellente contre toute forte de poison. II y en a ausside plus petites qu’on estime moins. Je demeurai quelque temsà Jubo, pour m’informer si je pouvois, en continuant ma route,pénétrer dans FAbissinie ; je ne pus apprendre autre chose, sinonque je trouverois à trois lieues de-là un camp de deux mille Gal-les , que ces Galles s’étoient arrêtés en ces quartiers, parce quele pais leur paroissoit meilleur, &qu’en effet, ils y trouvoientbeaucoup d’animaux dont ils se nourrissaient. Ces Galles rui-nent ordinairement les lieux par otqils passent, ils ne font au-cun quartier, & n’ont égard ni pour e sexe , ni pour lage ; c’estce qui les a rendus redoutables, quoi qu’ils ne soient pas en fortgrand nombre. Ils élisent un Roy de huit ans en huit ans, & ilsappellent leur Roy Lubo. Ils mènent leurs femmes avec eux, &
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