22 RELATION HISTORIQUE
n’en sont pas fort jaloux, ils fe soucient de même très - peu deleurs enfans, ils les exposent dans les bois , & il est défendu fouspeine de la vie à aucun du Camp d’en prendre foin. Ils viventainsi tant qu’ils font soldats ; mais lors qu’ils ne portent plus lesarmes, & qu’ils font circoncis, ils reconnoifíent les enfans quinaissent d eux, & en prennent foin. Ils mangent de la vache crue,& ils ne vivent d’autres choses. Lors qu’ils tuent une vache, ilsramassent le sang & s’en frottent une partie du corps ; ils met-tent les tripes au tour de leur cou en guise de fraise , & aprèsqu ils les ont portées quelque tems, ils les donnent à leurs fem-mes. Plusieurs de ces Galles me vinrent voir ; & comme selontoutes les apparences ils n’avoient jamais vû d’homme blanc, ilsme regardoient avec étonnement ; la curiosité les porta même àme déchausser, pour voir si j etois aussi blanc fous mes habits queje l’étois au visage. Je remarquai qu’après m’avoir long-temsconsidéré, ils témoignèrent du dégoût pour la couleur blanche jcependant, lorsque je tirai mon mouchoir, ils me le demande-ront avec beaucoup d’empressement ; j’en sis plusieurs bandelet-tes que je leur distribuai, afin de les contenter. Ils s’en ceigni-rent aussi-tôt la tête, néanmoins ils me firent connoître que cesbandelettes leur plairoient encore davantage, si elles étoientrouges. Comme ces gens nous importunoient fans cesse, & qu’ilsétoient continuellement fur nous , nôtre Portugais en menaçaun , & fit semblant de vouloir le tuer. Ce noir courut saisi defrayeur chercher ceux de sa nation, St nous fûmes en un momentenvelopés par ces Galles. Nous jugeâmes à propos de nous re-tirer dans nôtre maison & de nous y enfermer, afin d’éviter lapremriere furie de ces barbares. Nôtre retraite leur donna ducourage; ils redoublèrent leurs cris, & allerent fe placer fur unehauteur qui étoit près de nôtre logis, & qui le commandoit.Nous les voyions nous menacer de leurs lances & de leurs sa-gaies , & faisans plusieurs autres bravades. Heureusement nousn’étions qu’à un jet de pierre de la mer ; nous pouvions en casde nécessité nous jetter dans nôtre Almadie, & nous mettre aularge, & c’est ce qui nous rassûroit. Néanmoins comme ils de-,meuroient un peu trop long-tems au tour de nôtre maison, &que le bruit commençoit à nous fatiguer, nous crûmes qu’ilfalloir leur faire peur. Nous étions en tout cinq Portugais , &nous avions quatre fusils chargés chacun de deux balles ; nous