Buch 
Voyage Historique D'Abissinie / Du R. P. Jerome Lobo ... ; ... Traduit du Portugais, continué & augmenté de plusieurs Dissertations, Lettres & Mémoires. Par M. Le Grand ...
JPEG-Download
 

D’ A B I S S I N I E. zj

íûmes passé le détroit de Babelmandel, & que nous vîmes cettemer si renommée dans les Livres sacrés & prophanes , nouschantâmes les Litanies de la Sainte Vierge, & nous récitâmesd’autres prières, pour rendre grâces à Dieu de nous avoir donnéjusqu à lors un si heureux voyage, & pour lui demander de noustenir toujours fous fa protection. Mais puisque nous sommes en-trés dans cette mer si fameuse, il ne sera pas hors de propos d’endonner une description la plus exacte que nous pourrons.

La Mer rouge commence à l’Ifle de Babelmandel. Elle a de-puis là jusqu à Suez, trois cens quatre-vingt lieues ou environ,furcinquante ou soixante dans la plus grande largeur. Ceux qui laconnoissent le mieux, la comparent à un Lézard, en y compre-nant le Golfe Arabique dont nous avons parlé ; on lui donnealors cinq cens trente lieues de longueur. 11s disent que le GolfeArabique est la tête de ce Lézard, que liste de Babelmandel& ses deux canaux font le col, & que le reste du corps est ceque nous appelions proprement la Mer rouge. Ils divisent demême sa largeur en trois parties. L’une est le long des Côtesd’Arabie, i’autre le long de celles d’Ethiopie , la troisième est lemilieu. Les Côtes d Arabie & d’Ethiopie font pleines de bancs& de rochers ; de forte que les vaisseaux qui y naviguent fonttoujours dans un danger évident de se perdre, à moins qu’ils netiennent le milieu du canal. On y trouve aussi des écueils & desrochers ; mais comme ils paraissent presque tous hors de 1 eau,il est aisé de les éviter. Le premier rocher qu’on découvre est unVolcan qui est à douze lieues de Babelmandel, & jette du feu lanuit.

Afin de décrire cette mer avec plus d’ordre, je commenceraipar la Côte d'Arabie. A douze lieues de l’embouchure, on trou-ve la ville de Moca, où il se fait un très-grand commerce , de-puis que les T ures se sont rendus maîtres de toute l’Arabie ; aupa-ravant c’éroit si peu de chose,qu’e!lereleve* encore duBacha deSennaar, & le Bacha fe contente d avoir un Lieutenant à Moca.A quarante lieues de là, est la petite Iste de t Camaram ; elle neproduit rien d’elle-même, mais comme elle n’est séparée del’A-rabie que par un canal dune petite lieue, il s’y fait un assés boncommerce. Les habitans de cette Iste font très-incommodés depetits íerpens,qu ils appellent Bassics. Quoi qu’ils soient très-yenimeux Sc très - médians, il n’est pourtant pas vrai qu’ils tuent

E ij

*Si cela a étéautrefois , iln’est plus au-jourd’hui ,comme on leverra dans lafuite de cetteRelation,t Où mourutEdoua d Gal-van , Ambas-sadeur d Ema-nuël Roy dePortugal, enallant en A-biíììnie.