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Voyage Historique D'Abissinie / Du R. P. Jerome Lobo ... ; ... Traduit du Portugais, continué & augmenté de plusieurs Dissertations, Lettres & Mémoires. Par M. Le Grand ...
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34 RELATION HISTORIQUE

la Gelve,& nous partageâmes entre nos vaisseaux le mil dont elleetoit chargée. Les Mores qui sétoient enfuis, nous faiíòientsigne du haut de la montagne ; on crût quils vouloìent nous par-ler , & comme on ne íouhaitoit autre chose, on mit la chaloupedehors avec deux matelots &un Abissm. On leur recommandaen partant de ne pas descendre à terre. La galiotte & les deuxnavires séloignerent de la Côte, afín dôter tout soupçon auxMores, & de leur donner plus de liberté de venir ; mais jamaisils ne voulurent quitter le haut de leur montagne - de forte qua-près avoir attendu quelque tems, on fit signe à la chaloupe derevenir. Nous étions vis-à-vis du Port de Meth. Cétoit autre-fois un lieu considérable, & d'un fort grand commerce ; maisprésentement ce nest plus quun méchant village habité par depauvres pêcheurs. Nous demeurâmes tout le reste du jour & dcla nuit suivante à la vûë de Meth, esperans toujours que ces Ara-bes nous viendroient parler, & nous apprendraient sily avoirdes navires à lentrée de la Mer rouge ; mais comme ils ne reve-noient point, nous continuâmes nôtre route le long des CôtesdEthiopie, de forte que le lendemain furies quatre heures, nousdécouvrîmes lIste de Babelmandel, & nous nen étions qu à unelieuë à Soleil couchant. Cette Isle a deux lieues de long fur unedemie de largeur,& est assés haute : la mer qui lenvironne for-me deux canaux ; celui qui est du côté de f Arabie na pas unquart de lieuë de largeur, & c est par- que paflent les naviresqui vont dans la Mer rouge, ou qui en sortent i l'atitre, qui estdu côté dEthiopie, est beaucoup plus large ; mais il est plein debancs, & difficilement un navire un peu considérable y peutpasser ; & lors même qtfon y va avec de médiocres, il faut ran-ger liste de fort près , le fond étant meilleur que le long de laCôte dEthiopie; mais lon ne va guere par ce canal, que lors-que lon appréhende de rencontrer les navires Lurcs,qui fe tien-nent ordinairement fur les Côtes d'Arabie, asin dobliger les na-vires daller décharger à Moca. Ce fut pour cette raison que nouspassâmes par le canal dEthiopie , &que nous le pastames mêmede nuit. Abreu avoir eu foin damener des Pilotes ; autrement ifaurait fallu en aller prendre à la Côte dArabie, lon en trouvetoujours dans un village, que pour cela on appelle le Village desPilotes, étant impossible de naviguer dans la Mer rouge, si onn'a des Pilotes qui la connoissent particulièrement. Lorsque nous