D’ABISSINIE.
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elles íont jaunes, & ne font pas d’une belle eau. Depuis Dalacajuíqu’à Baylur qui en est à quarante lieues , on ne trouve rien deconsidérable: Baylur est à douze lieues de Babelmandel. Je croisqu’avantque de finir cette description, je puis rapporter mesconjectures fur les raisons que l’on a eues de donner le nom deMer rouge à ce Golphe qui sépare l’Asie d’avec l’Affrique, d’au-tant plus qu’en voïageant dessus, je ne me fuis presque entretenud’autre chose avec le Patriarche Alfonse Mendés, homme demérité Sc de capacité.
Les uns disent que les Côtes de ce Golphe étans toutes rou- r Voycsges, les torrens qiu tombent des montagnes, lorsqu il a plu, en- nous avonstraînent beaucoup de ces terres qui lui donnent cette couleur. í aite su 1 ce f “'D’autres soutiennent qu’elle n’est point rouge , & qu’elle ne le êombatons i<-paroît, que par la réverbération du Soleil qui donne contre ces p n ^^ ntterres rouges. Quelques-uns prétendent qu’elle n’est rouge quepar une grande quantité de fable que le vent y jette ; mais Je fa-ble aux environs de la Mer rouge n’est point diffèrent du fablecommun. Les montagnes & les terres étans brûlées par les ar-deurs du Soleil, elles sont plus noires que rouges, & les ventsni la pluye n’apportent aucun changement considérable à la cou-leur des eaux de la mer. Un Ecrivain, qui a été fur cette mer, aune opinion assés particulière. II dit y avoir vû seulement des ta-ches rouges, que ces taches pourroìent être des œufs de Balei-nes qui flottoient fur l’eau, qu’il fit remarquer la même chose àun de ses Compagnons ; qu’aïant encore examiné ces tachesl’un Sc l’autre, ils furent de même sentiment ; comme si un casqui arrive si rarement eût pû donner à cette mer un nom fouslequel elle est connue de tout tems, Sc dans toutes les langues.
Enfin l’opinion la plus suivie est que le Corail,que l’on trouve enquantité au fond de la mer, a pû donner une couleur rouge à ceseaux ; mais outre qu’on ne pêche pas du Corail dans toute cettemer, il y a très-peu de Corail rouge ; le noir Sc le blanc fontbeaucoup plus communs, j’en ai ramassé plusieurs morceaux, &le Corail rouge que j’ai vû étoit d’un rouge fort pâle. Nous nouspromenions souvent le Patriarche d’Ethiopie & moi le long dubord de la Mer rouge, pendant que nous étions prisonniers àSuaquem; quelquefois nous prenions des Gelves,& nous allionsassés avant dans la mer, obfervans avec foin les differentes cou-leurs des eaux & les changemens qui y arrivent. Nous n’avons
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