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42 RELATION HISTORIQUE
jamais vû que l’eau de la Mer rouge fût differente de celle del’Ocean j elle'nous paroissoit bleue en certains endroits, vertedans d’autres. La même chose arrive dans toutes les mers, &même dans les grands fleuves. Le plus souvent nous la trou-vions très-claire. Tout cela dépend de la profondeur des eaux,des reflaix de la lumière. Nous ne l’avons jamais vûë rouge,quedans les lieux où il y a beaucoup de Gouesmon ; & comme dansces lieux il n’y a pas plus d une braise ou d une braise & demied’eau, je saisois plonger un Castre que nous menions avec nous,& il rapportoit toujours du Gouesmon ; & lorsque ce Gouesmonétoit arraché, seau ne paroissoitplus rouge , & reprenoit fa cou-leur naturelle ; de forte que ce rouge qui paroissoit à nos yeuxn’étoit que la couleur du Gouesmon, & non celle des Eaux. II y abeaucoup de cette herbe dans la Mer rouge, & le sel de la mern’empêche point qu’elle ne produise des racines, des herbes Scmême des arbres.
Rien ne le prouve mieux que ces Palmiers qui portent des co-cos de Ma'dive, ainsi nommés, parce que les arbres, qui don-nent ces fruits si excellents, croissent dans la mer qui baigne leslíles Maldives. Ces cocos font gros comme latêted’un homme& viennent ordinairement deux ensemble. Souvent la mer enest couverte depuis les Maldives jufqu’à la Côte de Brava & deMadagoxo , comme je l ai dit lorsque j’ai parlé des voyages queje sis fur cette côte en Tannée I6z4. J’ai vû aussi dans ces mersdes fèves de Melinde. Ce font des fruits gros comme le poing,ils font d’un goût merveilleux ; & trempés dans l’eau, ils gué-rissent la fièvre & quelquautre maladie que ce soit causée partrop de chaleur.
Mais pour revenir au Gouesmon, S. Jerôme en s’arrêtant aunom hebreu apelle la Mer rouge Jam-Suf: fam dans cette Langueveut dire mer, &/-»/est le nom d une herbe ou d’une plante quel’on trouve en Ethiopie, de la grandeur du chardon ; la fleur estmême assés semblable à celle du chardon, à la couleur près, quiapproche beaucoup de celle dufafíran. Les Abissins s’en ferventbeaucoup dans leur teintures & en font un incarnat très-beau.Soit que le Gouesmon soit comme le sus , soit qu’il soit diffè-rent , je crois que c’est parce qu’il y en a beaucoup dans le Gol-phe d’Ethiopie, & qu’il en fait paroître les eaux rouges, qu’on adonné à ce Golphe le nom de Mer rouge.