44 RELATION HISTORIQUE
La seconde écorce , où cette eau est enfermée, est fi tendre qu’onla mange comme du chardon d’Espagne, & elle produit les mê-mes effets. Lorsque les cocos font tout-à-fait murs,ou l'on en broiela chair, & de la farine qui en vient, on en fait des gasteaux ; oul'on tire de cette chair de cocos une huile qui est d’un grand débitdans les Indes: elle sent bon, on en mange, elle entre dans beau-coup de médicamens, & étant coagulée c est un baume blanc desplus excellens. On s’en íert pour guérir toutes fortes de fouluresou de meurtrissures. La coque même de ces cocos, n’est pas inu-tile ; on en fait des taises , des boètes , des cuillères & plusieursautres petits ouvrages. De forte que l’on a raison de dire que duPalmier seul on peut bâtir des navires, & les apareiller, les char-ger de pain, de vin, de sucre, d'hui le, d’eau, de vinaigre, d’eau-de-vie, de baume;& ces navires font ces Gelves qui nepouroientque difficilement naviguer dans l’Ocean, mais qui font très-com-modes dans la Mer rouge, pour les raisons que j’ai dites.
Après avoir décrit la Mer rouge, & avoir rapporté tout ce quej’y ai remarqué de curieux, il est tems de reprendre la fuite demon voyage.
Comme nous fûmes aífés heureux pour n’arriver que íur leíòir aux portes de la Mer rouge, & les reconnoître , nous pafïa-mes la nuit par le canal d’Ethiopie ; & quoi que nous eussionspeu de vent, nous nous trouvâmes le matin ailés éloignés pourne pas craindre d’être apperçûs, quand même il y auroit eu desnavires Turcs dans le canal d’Arabíe. Nous rangions toujours laTerre ferme le plus que nous pouvions , & nous n’étions en pei-ne que de fçavoir précisément en quelle hauteur étoit Baylur ounous voulions aller : mais comme ce Port n’est pas fort connu ,& que les Pilotes que nous avions amenés des Indes n’y avaientjamais été, quoi qu’ils eussent fait plusieurs voyages dans cettemer, nous souhaitions de trouver quelques pêcheurs qui pussentnous mettre fur la barre,ce qui étoit difficile. Toutes les barquesque nous rencontrions fuyoient à toutes voiles, dès qu elles nousappercevoient, jugeant parla fabrique de nos vaisseaux que nousétions des étrangers qui n’avions pas coutume de naviguer dansces mers. Ainsi ils ne festoient point à nos signaux , & peut-êtremême qu’ils ne les connoissoient pas. Nous fûmes deux jours àchercher, nous envoyions de tems en tems nôtre chaloupe à ladécouverte avec un jeune Abissin qui nous servait, & qui sça-