D’ A B I S S I N I E. 43
Onvoit des Navires de toute grandeur dans la Mer rouge,mais les bâti mens les plus ordinaires sont les Gelves , dont j’aidéja parlé. Ces petites barques sont d amant plus commodes,que n étant faites que de quelques planches couluës avec du fu-nil , elles obéissent plus aisément & ne se brisent pas, lorlqu’el-les touchent fur les bancs ou écueils dont cette mer est remplie.Ce sont ces Gelves qui ont fait dire que du Palmier seul on peutconstruire un navire, f équiper de mâts, de voiles , de cordages ,&le fournir de toutes les provisions nécessaires, pain, eau , vin,vinaigre , sucre, huile ; un seul arbre à la vérité ne peut pas don-ner tout cela, mais plusieurs arbres de la même efpece le don-neront. Le Palmier n’est pas bon pour toutes sortes de bâtimens;il est excellent pour la construction de ces Gelves. Lorsqu on acoupé un Palmier, on le scie de long & on en fait des planches ;on file une partie de l’écorce,& de ce fil, on en coût ces planches;du reste on en fait des cordages & des cables propres pour les plusgrands navires, & du tronc,on en fait le mât & les vergues ; lesfeuilles cousues entembles fervent de voiles , on en fait aussi dessacs qu’ils appellent macandas. Ce navire ainsi apareillé, & prêt àmettre à la voile,fe peut charger uniquement des fruits de cet ar-bre. 11 n’est point de mois que le Palmier ne produise une goussequi contient depuis vingt jufqu’à cinquante cocos, selon la bontédu terroir & de l’arbre. D abord paroît une graine, faite comme lefourreau d’un fibre ou cimetere; on la coupe par le bout,St on lalaisse distiller dans un vase qu’on y attache : ils appellent cette li-queur foro. On la tire aussi du Palmier même, en faisant un troudans 1 arbre; mais l’arbre en souffre tant qu’il ne porte plus defruit, & meurt bien-tôt après. On tire ce fin on Jura deux fois lejour ; fçavoir , le matin St le soir. 11 est très-agreable au goût.,très-clair, très-bon pour la santé 3t engraisse même beaucoup. Sion le fait bouillir,il se coagule & forme un sucre que les Indiensestiment extrêmement ; ôt si on le met à Talambic, on en tire uneefpece d’eau-de-vie très forte qu’ils nomment n ipa , St de cetteeau-de-vie, ou de c enapa , on fait un vinaigre excellent. Toutesces liqueurs d.fferentes fe tirent avant que le cocos soit formé; Scquand il fe forme St avant qu’il soit en fa parfaite maturité, il ya dedans une liqueur fraîche délicieuse , qui se durcissant fait lachair du cocos. On appelle ce cocos encore verd, L«nha ; oneacharge les Gelves, & c est toute la provision d’eau qu elles font.
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