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Voyage Historique D'Abissinie / Du R. P. Jerome Lobo ... ; ... Traduit du Portugais, continué & augmenté de plusieurs Dissertations, Lettres & Mémoires. Par M. Le Grand ...
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D A B I S S I N I E. i 3r

tomme nous n étions pas furs de trouver des gens ausli charita-bles que ces Bramines , & que nous navions rien en propre jnous ne pouvions promettre aucune chose. Enfin quelques-unsde ses principaux confidens qui connoissoient sa brutalité & nô-tre impuissance, & qui sçavoient dailleurs que sil nous faisoitmourir, on verroit bien-tôt les navires Portugais dans la Merrouge venir venger nôtre mort, tâchoient de f adoucir autantquils pouvoient & vouloientnous obliger à faire quelqueffort.Ils soffrirent même davancer la somme que nous promettrions :ils ne nous demandoient point dautre caution que nôtre parole ;de sorte quaprès plusieurs allées & venues, nous convînmesdonner quatre mille trois cens écus, ce quil accepta > mais àcondition que nous les paierions comptant, & que nous nousembarquerions dans deux heures. Puis il changea tout à coup derésolution, il nous envoïa dire par son Trésorier que trois desplus considérables dentre nous demeureroient en otage, Sc queles autres pourroient aller chercher la rançon , quils lui avoientpromise. II retint le Patriarche, les Peres Diego de Mattos & An-tonio Fernandés ; ce dernier étoit âgé de plus de quatre-vingtans. Comme javois envie de demeurer prisonnier à sa place,jallai re présent er au Bacha que le Pere étoit très-vieux , quilpourroit mourir entre ses mains ; que si cela arrivoit, les Portu-gais refuseroient de lui païer sa rançon , quil feroit mieux denchoisir un plus jeune,Ôc de prendre quelquun de nous.Je moffrismême de me mettre à la place de ce bon vieillard. Le Bachaconsentit quon lui donnât un autre Jésuite. Le Ciel voulut quele sort tombât sur le Pere François Marquez. Je mimaginai quilmétoit aussi facile de retirer le Patriarche ; mais dès que jen ou-vris la bouche , le Bacha me regarda avec des yeux en couroux,Sc son regard suffit pour me faire taire. Alors nous nous séparâ-mes ; nous laissâmes le Patriarche & les deux Peres , dans lesfers. Nous les embrassâmes fondans en pleurs, & nous allâmescoucher à bord.

Nôtre état n étoit pas meilleur fur le vaisseau, que celui de nosillustres Captifs. Nous nous trouvions avec une troupe de Pèlerinsde la Meque , fur un navire Arabe , il ny avoir pas un hommequi ne se fit un point de Religion de nous insulter. Nous couchionsfur le tillac exposés aux injures du tems, Sc lon ne faisoit pas unemanœuvre quon ne nous foulât aux pieds , ou quon ne nous

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