iz2 RELATION HISTORIQUE
donnât quelque coup. Lorsque nous montâmes fur levaisteau, ilme vint une fluxion aux doigts que je negligeai d’abord,elle gagnabien-tôt la main, puis le bras,qui m’enflerent extraordinairement»je souffris des douleurs très aiguës; je n’avois ni Chirurgien ni mé-dicamens pour me panser , je trouvai seulement un peu d’huiledont je me frottai , ce qui dans la fuite diminua la douleur. Le temsétoit très mauvais , nous eûmes presque toujours vent contraire ;& tout notre équipage,quoique More, craignoit extremement derencontrer quelque vaisseau de ceux que les Turcs entretiennentau détroit de Babelmandel, parceque notre Capitaine n’avoit pastouché l’année derniere à Moca, bien qu’il eût promis de le faire ;ainsi nous nous votons prêts à tomber dans un captivité peut-être plus dure St plus cruelle que celle dont nous sortions. Nousétions agiter de ces craintes, lorsque nous aperçûmes un navire& une galere des Turcs qui avoient vent fur nous. Mfaiíoit pres-que calme, ou du moins nous n’avions pas assés de vent pour noussauver. La galere nous approcha jnfqu’àpouvoir nous parler, &cous nous croyions perdus fans ressource , Iorsqu’il s’éleva tout-à-eoup un petit frais qui nous sépara & nous porta dans le grand ca-nal qui est entre Tlsle de Babel-mandel, & la terre ferme d’Ethio-pie. J’ai déja dit combien ce passage est difficile & dangereux.Nous le passâmes néanmoins de nuit lans sçavoir quelle route nou*tenions , & nous fûmes ravis de nous trouver le matin hors de laMere rouge, &à demi-lieuë de Babel-mandel. Les courans quáfont très-rapides nous porterent malgré nous au Cap de Gardafui :©n mit les chaloupes dehors, afrn de faire de seau dont le navireeommençoit à avoir besoin. Nous priâmes notre Capitaine ànous en donner un peu *il nous refusa; mais comme nous appro-chions de nos terres, je lui parlai d’un ton plus haut & plus fermeque je n’avois fait. je lui fis entendre que íorsqu’il seroit à Diou oùil devoit relâcher, ilpourroit avoir besoin de nous. Cette menaceluifitpeur ;il nous traita le-reste duvoïage avecplus cfhonnêtetéqu’il n’avoit fait. Enfin nous arrivâmes à Diou après cinquante*deux jours de navigation. Comme on croioit que lePatriarche étoitdans le vaisseau, toute la ville étoit sortie pour le recevoir; il n’yeut pas un honnête homme qui n’eût de Tempressement de voir cefeint homme devenu célébré par ses souffrances & par ses tra-vaux apostoliques.
Je ne puis representer de comble» de mouvemens disse?