îfô RELATION HISTORIQUE
son visage abbatu, son corps nud & exténué , le récit de ses mi-sères & de celles de ses compagnons ne furent point capables d’ex-citer leur compassion,& il s’en retourna fans avoir le moindre sou-lagement ; mais avant que de partir, il écrivit cette lettre au nomde Rassela Christos & au sien.
-» Très Illustres Seigneurs Evêques & Gouverneur des Indes*
* Rassela Christos , à tous les Chrétiens Catholiques , & vrais en-» fans de PEglisede Dieu, Paix & salut en nôtre Seigneur.
-> Je ne fçaí ni en quelle langue je dois vous écrire,ni de quels ter-» mes je dois me servir pour vous representer les périls & les souf---> stances decetteEglise.quim’aíïligentd’autantplusque je les vois- de mes yeux. Je prie nôtre Seigneur Jefus-Christ qui a été attaché
* en Croix, qui est plein de miséricorde, de les faire connoître à» tous nos Freres, à tous les Recteurs, Prélats, Evêques, Arche-» vêques , Rois, Vice-Rois, Princes, Gouverneurs qui ont quel-» que autorité au delà des Mers. J’ai toujours cru & je me fuis» souvent dit à moi-même qu’ils nous auroient secourus, & qu’ils» n’auroient pas tant tardé à nous racheter des mains de ces bar--- bares & de cette nation perverse , si la multitude & l’énormités>de mes péchés n'y étoient un obstacle. Autrefois, lorfquil n’y» avoir point d’Egliseici, lorsque le nom de Chrétien & de Ca-sa tholique nous étoit inconnu, on est venu à nôtre secours , on» nous a délivrés de la puissance des Mahométans. Aujourd’huiso qu’il y a un si grand nombre de sideles, on nous oublie & per.» sonne ne pense à nous secourir. Quoi ! le Pontife Romain nôtre» Pere, nôtre Pasteur , que nous chérissons tant, n’est-il plus fur la3o Chaire inébranlable de Saint Pierre, ou ne veut il plus songer à» nous consoler ì nous, qui sommes ses brebis, n’aurons nous point
* la satisfaction avant que nous sortions de cette misérable vie,» d’apprendre qu’il pense à nous , & qu’il veut empêcher que ces» hérétiques qui nous font une si cruelle guerre ne nous dévorent?» Le Portugal n’a t’il plus de Princes qui ayent ce zele ardent qu’a-s> voir Christophle de Ganta ? n’y a fil point quelque Prélat qui» leveses mains au Ciel pour nous obtenir le secours dont nous» avons besoin? Je n'enpuis plus, jerne tais , ma languese seiche,» & la source de mes larmes ne tarit point. Couvert de poussière» & de cendre, je prie & je conjure tous les sideles de nous secon--> rir promptement, de peur que nous ne périssions. Tous les jours»> mes chaînes deviennent plus pesantes, & on me dit,rangés vous