D’ABISSINIE. 149
ves que des conjectures & des raisonnemens vagues & vains.
Le feu de la persécution augmentoit tous les jours, & il ne res-toit dans toute rAbiífinie que cinq Prêtres Portugais pour admi-nistrer les Sacremens au peu de Catholiques qui étoient demeurésfermes dans leur Religion. II n’y avoir que quatre Religieux ouPrêtres Abistins , mais aucun Jésuite , quoique Monsieur Ludolfveuille que Bernard Nogueïra le fut ; mais Nogueïra lui-mêmedit qu’il avoir eu beaucoup d’envie d’entrer dans la Société ; quele Pere Emanuël d’Almeda son cher Maître lui avoir promis del’yfaire recevoir ; néanmoins il n’y avoir point été reçû. Les cinqPrêtres font Bernard Nogueïra lui-même Vicaire du PatriarheAlphonse Mendés, Jean Gabriel, Grégoire Pirés, Antoine Ai-manta z Christophle Gonçalés. Les Abistins font l’Abba MelcaChristos Supérieur du Séminaire de Gorgora ; Abba Abala Mel-ca Christos du Monastère de Selalo - Paul de Sainte Croix, & Ab-ba Orasi Christos du Monastère de Debraoré. On ne peut expri-mer ce que souffrirent ces pieux Confesseurs. Ils étoient nus,mou-rans de faim,manquans de tout, & toujours fur le point d êtreégorgés, comme ils le furent presque tous.
Alphonse Mendés étoit toujours aux Indes, cherchant tous lesmoyens de soulager les Catholiques d’Abistìnie. Quoi que presquetoutes les tentatives qu’il avoit faites eussent été inutiles , il ne serebutoit point; deux Domestiques furent assés heureux pour péné-trer en Ethiopie:je crois qu’un de ces Domestiques étoit Grégoireque l’histoire de Mr. Ludolf a rendu si fameux. Le Patriarche nenomme personne ; mais le tems où Grégoire lui-même dit avoirfait ce voyage, appuie ma conjecture. II ne fut pas possible depuisni d’y rien envoyer, ni d’en recevoir aucunes nouvelles. Les Jésui-tes & autres qui avoient été à Suaquem ou à Maçua en étoientrevenus comme ils y étoient allés, n’apportant que des bruitsconfus de ce qui sepassoit en ces païs-là j on ne doutoit pas néan-moins que tous les Catholiques ne manquassent des choses lesplus nécessaires à la vie. Rien n’est plus patetique que ce qu’a écritNogueïra là-dessus. Lui-même accablé de misères & plusque à de-mi mort, ne pouvant plus soutenir les gemissemens & les plain-tesde ces pauvres Catholiques , alla à Maçua dans l’eíperance d’ytrouver quelque secours par le moïen des Banians ; mais ces Gen-tils , qui ne peuvent souffrir qu’on fasse mourir le plus chétif ani-mal, vïrent couler les larmes de Nogueïra fans en être touchés,
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