JÓS RELATION HISTORIQUE
prêt de verser jusqu’à la derniere goûte de son sang pour la gloiredu Roy ; & dans le tems qu’il fait toutes ces protestations, au lieude retourner auprès du Prêtre-Jean, comme il s’y étoit engagé,il va chercher fortune dans l’Yemen, laisse une femme qu’il avoirépousée en Ethiopie, abandonne les terres que le Negus lui avoirdonnées, & emporte jusqu’au coffre de Chirurgie fait aux dépensduRoy & de la Nations passe dans la fuite de l’Yemen à Surate &va mourir à Ifpaham. Tel a été le fort de ce vagabon à qui on s’é-toitun peu trop fié. Murat craignant le châtiment qui l’attendoiten Abissinie feint d’aller à Maçua, St va à Mafcate finir fes jours.Le Pere du Bernât bien mortifié de fe voir en si mauvaise com-pagnie,& hors d état de continuer son voyage, fe rembarqua pourSuez , & arriva au Caire au commencement d’Avril. Elias fut leseul de toute la troupe qui passa en Abissinie, & on a été prés dedix-fept ans fans en avoir aucune nouvelle.
Tant de contre-tems auroient dû rebuter Jacques le Noir, plusconnu fous le nom de du Roule, destiné pour aller en qualitéd’Ambassadeur vers le Roy d’Abiíïinie. II n’ignoroit rien de toutce qui s’étoit passé depuis l’arrivée de Murat Eben Magdeloun auCaire. 11 avoir même joué un rôle principal dans toute cette affai-re. II avoir été au commencement de 1702. à Constantinople enrendre compte à f Ambassadeur du Roy. A son retour de Cons-tantinople au Caire , Sc après y avoir fait quelque séjour, il étoitpassé en France. II avoir vû le Ministre de la Marine, il lui avoitdonné divers Mémoires 3 Sc enfin croyant avoir pris avec lui lesmesures les plus sures Sc les meilleures, il repassa en Egypte. Onpeut dire, que jamais voyage ne fut entrepris fous de plus tristesaugures, n’y n’eut une fin plus malheureuse.
II s’embarqua fur un navire que commandoit le Chevalier deFourbin, qui devoit escorter trente-six bâtimens marchands des-tinés pour diverses Echelles de Levant.CetteFlote partit de Tou-lon Sc mit à la voile le vingt-fix de Decembre 1703. Sc dès l’après-midi il s’éleva une tempête furieuse qui dispersa tous ces vais-seaux. Celui du Chevalier de Fourbin fut poussé sur les côtes deCatalogne , & on ne pût aborder que le trente-un de Decembre.lisse trouvèrent à la rade de Barcelone au nombre de huit vais-seaux , si maltraités qu’ils employerent tout le mois de Janvierpour fe raccommoder. Ils remirent à la voile le huit de Février ;mais le neuf ils essuyèrent un si gros coup de vent qu’ils furent
obligés