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obliges de relâcher à Majorque, d’où ils retournèrent à Caglia-ri en Sardagne.’Ils en partirent le huit de Mars & arrivèrent àMalte le quinze, ils y demeurèrent jusquau dix d’Avril, & lapremiere lettre que le sieur du Roule écrivit d’Alexandrie, est dat-tée du vingt-neuf d’Avril. Ainsi il fut environ quatre mois à passerde Toulon en Egypte. II ne perdit aucun tems, & dès qu’il futau Caire, il fe prépara pour son voyage d’Abissinie ; mais quei-qu’interêt qu’on eût de tenir le tout fort secret, & quoiqu’on pritgrand soin de le cacher, on n’en fit que trop de bruit, & on trou-va mille obstacles qu’on ne pût surmonter qu’à force d’argent. IIsalut gagner le Bacha, le Divan, les Officiers des Janissaires, lesChefs de la Caravanne ; d'un autre coté tes Marchands s’oppo-foientassés ouvertement au voyage.
Le sieur du Rouie partit du Caire 1e dix-neufde Juillet de Tan-née 1704. II trouva fur son passage un grand concours de peuplequi le suivit juíqu’au batteau les larmes aux yeux , en considéranttes dangers presque inévitables où il alloit être exposé. On pré-tend que les Marchands continuèrent leurs intrigues pour le faire«evenir, qu’ils se joignirent aux Peres de la reforme de saint Fran-çois d’Italie i que les uns <5c les autres avoient informé les Arabesdu départ de cet Envoyé, & que ceux-ci avoient déclaré qu’ilspilleroient la Caravanne, si on ne l’obligeoit de s’en séparer. DuRoule ajoûte, que Ton disoit communément à Siout, qu’il alloitauprès du Roi des Abissins pour lui apprendre à faire de la pou-dre , à fondre du canon, & l’engager en même-tems à déclarer laguerre aux Turcs. Quoique ces calomnies fussent destituées detoute vray-semblance, elles ne laissèrent pas de trouver créancedans des esprits jaloux & défians, & qui d’ailleurs n’étoient pasfâchés d'avoir ce prétexte pour tirer de cet Envoyé le plus qu’ilspourroient. Du Roule avoit tâché de gagner à force de presens unnommé Belac,Chef de la Caravanne, & chargé des Commissionsdu Roy de Sannaar ; cet homme lui avoit promis avec de grandssermens de le servir & de Tappuyer de tout son crédit auprès duRoy sonMaître.Cependant,si on ne le corrompit pas entierement,on í’ébranla beaucoup ,& il en coûta encore environ deux censcinquante piastres Sevillanes , pour empêcher qu’on ne le débau-châttout-à-fait : peut-être même en seroit-on venu à bout fansTarrivée du Drogman Fornetti qui amena avec lui un Chiaoux &»n Capigi des Janissaires, avec de nouveaux ordres du Bacha du
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