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Memoires De L'Eglise, Ou L'On Voit L'État Présent Du Christianisme, tant en Europe, que dans les autres parties du monde, & toutes les revolutions qui y sont arrivées au sujet de la Religion Catholique / Jean Paul Abbé de la Roque ; Dédié à Monseigneur Francois de Harlay
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3 o MEMOIRES DE L’EGLISE.

secrètement, Sc même il vécut toujours en apparence commeun Infidelle pour se ménager avec ses sujets. II en eut néan-moins du scrupule, Sc asin de s’cclaircir fur un point si déli-cat , il pria l’Évêquc de* Goa de lui envoler un Apôtre ; c’estle óom que les Indiens donnoient deílors aux Peres de la Com-pagnie de Jésus, aussi- bien que les Portugais.

Le Perc Gomez, qui fut envoie à ce Prince, lui dit net-tement, que Dieu vouloir être servi en esprit Sc en vérité; quela feinte dans la Religion étoit pire que l’irreligion, Sc queJ e s u s-C h r i s t auroit honte devant les Anges, de ceuxqui auroient eu honte de lui devant les hommes.

Le Roi qui préferoit son salut à sa Couronne, crut Gomez,& résolut de se déclarer d’unc maniéré éclatante, dés qu’ilse seroit accordé avec ses ennemis. Aïant fait la paix par l’en-tremise du Pere même qui la lui avoir conseillée, il vint àGoa malgré ses Sujets, qui ne pouvant rien gagner fur luipar leurs raisons ni par leurs prières, s’étoient saisis de fa per-sonne, SC l’avoient enfermé dans une des plus fortes Cita-delles du Roïaume. II s echapa de fa prison, p alfa un Fleuveà la nage, SC aïant trouvé huit Fustes de Goa qu on avoir en-volées au devant de lui, il se rendit heureusement dans laVille. L’Evêque Sc le Vice-Roi le conduisirent à l’Eglife Ca-thédrale parmi les acclamations du peuple : Sc ce fut là qu aupié des Autels, il sit une publique profession de Foi avec dessenrimens SC des expressions de pieté, qui attendrirent tout lemonde.

Cette conversion n’a pas eu de suites dans cette familleRoïale, Sc on ne trouve aujourd’hui dans cet Etat, qui n’aque huit ou dix lieues d’étenduë en quarté, Sc dont cepen-dant le Roi tout soumis qu’il est au Samorin ou Empereur deCalecnt, n’est inferieurà nul autre de ses voisins ; qu’un grandVillage fur le rivage, habité par des Chrétiens, ast’ez prés du-quel on voit une petite Eglise , avec une place où l’on a élevéune Croix.

Ce qu’il y a de singulier en ce lieu pour les Chrétiens, Scqui ne se voit en nul autre endroit des Indes, c’est que leGouverneur que le Roi de Tanor a en cet endroit pour exer-cer la justice fur ses Sujets Gentils ou Mahométans, n’a au-cune autorité fur les Chrétiens ; le droit de les punir, quandils manquent, est réservé au Directeur de l’Eglife. Les Je?