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Memoires De L'Eglise, Ou L'On Voit L'État Présent Du Christianisme, tant en Europe, que dans les autres parties du monde, & toutes les revolutions qui y sont arrivées au sujet de la Religion Catholique / Jean Paul Abbé de la Roque ; Dédié à Monseigneur Francois de Harlay
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LIVRE PREMIER. 37

ée , qu'i VL à ce que Ton croit à bien plus de cent cinquantemille âmes.

Les Capucins Sc les Carmes qui ont un Convent dans Eri-Van , y travaillent de leur côté avec beaucoup de zele ; Scpar leur moyen la fameuse Montagne d’Ararat, à six ou septlieues de laquelle cette Ville est située , aux confins de laMedie , se trouve peuplée tout au bas d un grand nombre deChrétiens, qui font profession de la Communion Romaine.Sc plus haut de quelques Solitaires. La plupart des Ecrivainsont dépeint cette Montagne comme inaccessible ; on voiepourtant par-là , qu’elle ne l’est pas ; Sc l’habitation est assezsingulière , pour mériter qu on en donne en peu de motsune legere description.

La Montagne d’Ararat, célébré par le triomphe de dixmille Martyrs, est située entre la Medie Sc l’Armenie. Elleconfine à Tune & à 1 autre. Elle est beaucoup plus haute queîe Mont Caucase dans la Circassie ; on croit même qu’il n’ya point de Montagne dans la Perse, dans l’Armenie, Sedansla Medie, que celle-ci ne surpasse par sa hauteur. De cinq encinq lieuës, qui est tout le chemin qu’on peut faire dans lesplus longues jduVnées de l’Eté , on trouve une hute ou gro^te creusée dans le roc , Sc habitée par un Hermite. Ceuxque la curiosité ou la charité engagent à monter cette Mon-tagne , logent tous les soirs dans un de ces Hermitages , SCie lendemain rHermite qui l’habite , leur donne un Païsanpour les conduite, Sc un Asne pour porter des vivres Sc dubois. Cette derniere provision est si utile , qu'autrement» la.Montagne est inhabitable , car commeil ne s’y trouve pas unpouce de terre , il n’y croît ni arbre , ni halliers ni ronces;si bien que dans le grand froid , qui s’y fait sentir , & qui est sigrand qu’u n Cavalier pourroit courir sans risque , à routebride sur de la glace de trois heures ; on ne s’y chausse quedu chauffage que l’on apporte ; On n’a besoin de cette pré-caution que pendant lespremieres journées ; car après,à me-sure que l’on avance , on y respire un air tout-à-sait tempé-ré , Sc l’on- sent une douceur de climat plus grande Sc plus■délicieuse.

Un Voiageur qui y monta au mois de Juillet de l’an 1670.jusqu a íept journées enticres , dit que rHermite qu’il y trou-w Romain d origine, Sc fils d’un des plus riches Sc des plus

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