LIVRE PREMIER. 7 *
sacré à Lisbonne, & il y fut reçu avec tant d’honneur, quele Roi voulut qu’il fût assis "auprès de lui dans un siège tout pa-reil ; ce que ce Prince n’accorde pas même aux plus grandsSeigneurs de son Roiaume.
Dés la premiere entreveuë on convint csu jour auquel le4<oi & son fils préteroient le Serment de fidélité &c d’obéïs-sance au Pape ; & la cérémonie s’en fit le onzième de Févriermil six cens vingt-six , en presence des Seigneurs du Roïau-me & de tout le Peuple , qui avoit accouru en foule des Provin-ces les plus éloignées. Tous les Seigneurs firent la même cho-se : Mais il y en eut un, qui se signala par-deísus tous les au-tres , & faction mérité bien d etre rapportée; Après avoirjuré une soumission &c une obéissance fidèle au Pape , il tirason épée L 5 suivant le mouvement du zele qui l’emportoit,il dit, qu’il ne salait plus se souvenir du passémats que quicon-que ofiroit contrevenir aux choses, ausquelles on s’engageoit ^ sen-tirait la vangeance de son bras , quand ce seroit même le PrinceBasdides ( c’étoit le nom du fils du Roi ) dont il seroit toujoursun tres fidele Sujets tandis qu’il seroit bon Catholique.
Cette action du Roi Susnée fut suivie de plusieurs Edits,par lesquels on défendit l’exercice de la Religion Alexan-drine , & l'on obligeoit tout le monde de suivre la Romaine,même sous peine de mort. Ce fut-là le plus haut periode dela Religion dans l’Abyssinie : Ses p r ogre z y furent en ce tems-là très considérables : On y bâtit quantité de grandes Si bel-les Eglises, & l'on avoit lieu d'esperer une conversion entierede tout le pais, si le Prince Susnée ne se fût pas refroidi furla fin de ses jours , à l’égard des Missionnaires. Le PrinceBasilides son fils acheva de ruiner toutes les espérancesde cette Mission , en chassant ces Ouvriers Evangéliquesde tout son Empire.
Les mauvais traitemens qu’avoient reçu lesyjesuítes dansl’Ethiopie , ne purent pas empêcher , que des Capucins nepensassent à entreprendre ce voïage. La Congrégation éta-blie a Rome pour la Propagation de la Foi, à qui ils avoient. témoigné leur résolution , y en envoïa six , tous Françoisè nation avec des Lettres de recommandation' de la partmême du Sultan. Deux de ces Pcres furent tuez & mangezen chemin par les Caffres : Deux autres y arrivèrent heureu-sement ; mais comme on leur eut proposé de se retirer, ou deTome I, ■ K
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