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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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; VERS l’EmPEREU.R DE.LA CHINE.

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leurs visages hâves, maussades & plombés, par leurs yeux larmoyans, & troublés ,par leurs voix entrecoupées, par leurs cœurs songlotans, par leurs contenances e£ *ìàrées, par leurs genoux tremblans, & par la foiblesse de leurs corps, portent desmarques assurées de leurs miseres. Un Sage dit que l'homrae entre en la vie com-me dans une carrière, où d abord I aveuglement luy met le bandeau íur les yeux »puis le livre au travail, qui luy donne une forte pierre à rouler tout le long de cettelice ; le travail le met entre les mains de la douleur, & de la tristesse, qui lont deux misera despassions, qui remplissent le cœur d amertume par la privation des objets aimables, 8c chin0Íítpar la représentation des choses affligeantes & ennemies de la nature, & font effortìur l ame quelles travaillent incessamment. Gette vérité fe trouve accomplie chezces malheureux Chinois j qui sentent les fardeaux de la vie par dessus toutes les Na-tions les plus affligées : Leurs âmes mangées du chagrin, & rongées de la fafcherie,comme le fer est consommé par la rouille, ne demandent que la séparation de leurscorps : La famine (qui est un Tigre en ses cruautés,une song-luë en so gourmandise,un boucher en son sang, un bourreau en sa felonnie, un meurtrier en la surprise,une vipere en son haleine, une tortue en ses tourmens, & un couppe-gorge en fatyrannie) leur donne mille morts avant que de mourir: Leurs corps appesontis par la

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tous les offlces de la vie civile, & les fonctions mémes de la vie naturelle, n alpirentqu âpres le sépulcre, pour estre affranchis de tous les imposts deus à une Fortunefans pitié.

Su y a quelque chose d’admirabie à voir en la Province de Quantung , voires ensang-tîa Chine , c est cette montagne de Sang-won-hab , laquelle éleve les sommets dunehauteur lì prodigieuse, que les vallons en demeurent ténébreux, à cause que LAstre^/^””"dujour n y peut distribtfer ses lumières. Au costé de ce mont, & non loin de la ri-vieré, les Chinois ont elevé un Temple dune tres-riche structure, qu’ils consacre- tUví.rent à un Idole, qui par des signes, & des oracles avoir fait connoistre aux habit. .tans, qu il y vouloir recevoir de l'encens, & des victimes. De sorte que ces pauvresaveuglés mirent toute leur confiance en cette fausse Divinité, & pensons s'établirfermement dans le cours des affaires du monde, fe firent un bras de bois, pour éle-ver des fortunes qui s évanouirent bien-tost aprés comme des phantômes. C estainsi que nostre pauvre nature humaine accablée en partie de la grandeur de l’EstreSouverain, en partie aussi offusquée par son ignorance, par sa misere, & par son pé-ché , ne pouvant entendre d une seule atteinte d esprit un Dieu tres-unique, & tres-

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