Leur natu-rel.
*4ddonnésaux Scien-ces .
font eflu-dier lesTauvres.
îi6 l’Ambassade de la C. 0\ des Prov. Unies
de la vigne, les fruits fur l'arbre, & prenent avec le temps leurs justes accroissancesdu suc Sc de la substance du bois qui les a engendrés. L’Agneau reconnoit fa mereentre nulle pour la tetter, & luy demander le tribut de la Nature : les Aigles portentleurs petits fur leurs dos : les Serpents fe font jettes quelques-fois dans les fournaisesardentes pour sauver leurs œufs : le Pélican, dit-on, fe iàigne pour faire un bain deson sang à sa progéniture. Et vous, dans ce Vaisseau du grand monde, où toutes lescréatures vont rarement à 1 égal en cét article selon le cours de la Nature, vouiezvous estre des fardeaux inutiles ? voulez vous negliger ceux que vous avez mis aumonde par une lafcheté Sc fainéantise, leur donner des éperons pour les faire courirplus roiae au précipice, leur nouer des cordeaux pour les étrangler, & allumer destorches pour les consumer ? Car que peut-on efperer de bien, Sc que ne peut-on at-tendre de mal d’un enfant qui elt nourri dans f indulgence, dans la délicatesse Scdans Torgiieil?Sachez que Dieu vous a fié entre les mains des Enfans pour les élevercomme des hommes, Sc non pas pour en faire des masses de chair. Ce font les fleursdu mariage,lesquelles on peut aisément corrompre, & il ne faut qu une mauvaise ha-lene pour en ternir,& desseicher toute la beauté. Ce sont vos ombres Sc vos Echos ;ils fe plient, Sc tournent facilement à imiter ceux qui leur ont donné le sang, Sc dontils efperent les biens Sc lhonneur. Si vous les laissés tremper dans lordure, vousvous rendés criminels devant Dieu de l une des plus grandes injustices qui soit aumonde, car vous filez insensiblement le cordeau de leurs ruines presque auísi-tostque la trame de leurs vies, en abandonnant comme dès Brebis aux Loups ceux queDieu vous a mis fous vostre discipline. Vous vous rendés auísi criminels devant leshommes, car par vostre nonchalance vous donnés de mauvais garnemens à vostrePatrie,pour troubler son repos,désunir fa paix,& brouiller fes affaires. Et âpres toutvous vous rendez misérables, Sc malheureux, car les continuelles débauches devos Enfans licenciés Sc extravagans ne vous font vivre que de fiel Sc de larmes * Scvous font boire tous les premiers à long trait le poison que vous leur avez détrem-pé. Hé combien y a-il entre vous qui font la plainte que fait f Aigle dans f Emblè-me de Julien , lors que frappée dune flèche mortelle qu on avoit parée de fes ailles ;elle difoit > Helas ! misérable òiseau que je fuis, falloit-il produire des plumes pourdonner la vistesse au fer qui nïa percé le corps ? falloit-il engendrer des enfans pourme donner le coup de la mort ? Le remede donc à ce malheur, qui íè coulant dansles entrailles de nos plus florissantes Monarchies, les depeuple de bons Sujets, Sc lespeuple de phantómes d’hommes, est de donner à vos Enfans une bonne teinturede la religion, de chastes fentimens de Dieu, une crainte filiale de fes jugemens, Scà f exemple des Chinois de les cultiver dés leur plus tendre jeunesse dans les ArtsPortables à leur esprit, Sc à leur condition, pour les lier dedans le monde à quelquebonne occupation, de peur que n ayant rien à faire, ils ne soient capables de fairetoute forte de mal.
Une des principales marques de la bonne nourriture de ces Chinois, est qu ilssurpassent tous les Indiens, Sc méme tous les Africains en gentillesses, courtoisies,& civilités. Ils ont l’eíprit vif, & fort propre aux estudespar desius toutes les Na-tions , Sc comme ils disent qu il y a des esprits, qui par faute d’education demeurentcomme des diamans ensevelis dans un fumier, ils tirent plusieurs enfans des cabanestapissées d’araignées, pour leur mettre le Soleil dans les yeux, Sc les faire estudieraux lettres, pour estre puis aprés présentés à 1 Empereur, bien instruits en toutesfortes de Sciences. Et à la vérité, c’est ordinairement de ces pauvres cages à paroisvermoulues qu ils tirent les plus Grands Hommes d’Estat, Sc leurs plus fameuxDocteurs. O qu il feroit souhaitable que nos Souverains suivissent aussi ces bellesMaximes. Combien pensez vous quil y a d esprits au monde, lesquels par faute denourriture vieillissent comme les taupes dans leurs trous, que si on venoit à les dé-terrer , ils regarderoient les clartés des Sciences à yeux d'Aigles. Voila un enfantqui est avantagé d un bel esprit, mais il est né le joug au col, je dis le joug de la pau-vreté Sc de la servitude : La condition de ía naissance fa mis en cage, quel moyende faire des merveilles ? Aufsi-tost qu il commence à ouvrir les yeux, il fe void nédans une hute diaprée de toutes les couleurs d une vie nécessiteuse,il voit ses parensgémir sous les faix des miseres, Sc fes freres, Sc ses soeurs rouler la mefme pierre* i!n est pas icy question de civilité, Sc d’instruction, on ne parle pas icy de science z ilfaut chercher du pain, Sc on a tant de peine à vivre seulement en beste, qu’onn’a
pas