VERS L’EMPEREUR DE LA CHINE. ' 133
Marc Agrippa , les Palais & les superbes Galeries de Cajus , & de Lucìus Nepos , deLivia> dOÛavia , & de tant d’autres personnes illustres, qui sembioientavoir enfer-mé toutes les merveilles du monde dedans l’enceinte de leurs Villes ? Où est Ni-nive avec ses cent tours, Thebés avec les cent portes, Sparte la maistreíïe de la Gre-ce , Athene le refuge des Sçavans, Sardis l’ornement de Lydie , Sìcambrìe un deschef-d’œuvres des ‘Troyens , Arunte , Aiguillonne , Couvre , Dams a , Tufar , Sept a ,
Treves , Bauay, Tongres 3c enfin méme. Il faut que vousm'avoiiiésquefonn’en trouve rien du tout, ou que l'on n en decouvre que quelques petits vestiges.
Cette superbe Ville ayant esté forcée de recevoir le joug des Tartares, & ne se^” A/ "|.trouvant plus en estât de le secouer, cherche par tout moyen de s’iníìnuér dans les wrssrcsûsbonnes grâces de l’Empereur ; c est pourquoyelle luy envoye tous les trois mois k d , e A> f àBering cinq Vaisseaux chargés de quantité de tres-riches rouleaux de draps de soye/ Em P rm '& d’autres belles étoffes. On nomme ces Vaisseaux Lungychuen , comme íì l’on di-íòit les Navires des habits du Dragon , parce qu ils font destinés pour l’Empereur,qui porte des dragons dans ses armes. Il faut que j’avoùe que je n’ay rien veu de plusravissent ni de plus précieux dans tous les Havres de l’Univers. Les diaprures dor Scde vermillon y íònt par tout si délicatement appliquées, que je ne crois pas que dansles plus beaux Palais de nos Monarques on y puisse voir une beauté plus attrayantedans leurs lambris, platfonds, Sc meubles , encore qu’ils íòient tous brillans d or.
Les Mariniers portent une telle vénération à ces Vaisseaux, que dés aussi tostqu ils les apperçoivent de loin, ils calent leurs voiles, Sc cedent autant à leur ma»gnificence qu’au lieu où ils vont.
Cette Ville ne manque pas aussi d’envoyer à la Cour vers les mois d’Avril, & de Coiffons en-May quelque íòrte de poifîòns tres-excellens, qui se peschent aux pieds de íes mu-JJ 1 à urailles dans les eaux de la riviere dé IÇiœng, nommés des habitans Xiyn , & des Por-tugais SaueU Et bien qu il y ait plus de deux cens lieues d’Allemagne jusques à Pc-\ing , fi est-ce que ce chemin le fait en fort peu de temps, voires dans huit ou dixjours: Car il y a des hommes, qui font attitrés, Sc gagés pour tirer jour & nuit lesnavires - Sc dautres tout frais, pour prendre la place de ceux qui font fatigués, quise trouvent tousjours prests dans les lieux assignés de méme que la poste parmi nous»aussi envoye-t-on un efcrit pour les advertir au préalable Sc precisement du tempsauquel ces Vaisseaux doivent arriver. Et on dit qu il y va de la vie méme des Gou-verneurs , quand ils viennent à faillir, ou à se tromper en ce point. Deux navires serendent durant cette pesche toutes les semaines à la Cour,fans que I on ait égard auxfrais excessifs qu’il faut faire en un voyage si précipité. Ceux de Nanping se trou-vent assés satisfaits, quand ils reconnoissent que leurs presens font agréables à I Em-pereur , Sc aux premiers Ministres de ses Estats,
Nostre Ambassadeur Keys er visitant cette belle Ville porté dans une chaise, a c-compagné des siens tous à cheval, Sc passant devant la porte du vieux Palais, fut sa-^^"lùé d’une grande Dame aagée de 40. ans ou environ, laquelle le fit prier tres-hum *vMt iblement par nos Truchemens de l’approcher. Nostre Ambassadeur, qui ne sçavoitrien refuser à la curiosité de ce beau sexe, mit aussi-tôt pied à terre set» la porte duPalais, où la Dame le vint accueillir avec une grâce incomparable, Sc le bien-veigna ^prié d *de son arrivée d’une si belle maniéré, que nous fumes ravis des paroles qui sortoient^"^dune si illustre source, capable de subjuguer les cœurs les plus endurcis. Onduler*,-,que la plus belle armure des Dames est de paroitre dans la conversation dune façon ure ‘mesurée, Sc modeste, qui se void au port, aux gestes, & aux habits j mais cetteDame n estoit pas ornée de toutes ces qualités, car d’abord qu elle joignit nostreAmbassadeur, elle s émancipa tellement, qu elle tira hardiment son Espée du four-reau pour la considérer, prit son Chapeau pour s’en couvrir la teste, Sc méme dé-boutonna son pourpoint j uíques au haut de chausses: elle ût fans doute esté plus bas,si elle ût esté prodigue d’un bien , qui estoit attaché à son corps aussi fermementque son cœur. Aprés plusieurs discours, elle importuna nostre Ambassadeur de serendre en son Hostel avec toute fr fuite. Ce qu’il fit pour satisfaire entierement àcette Dame, laquelle nous laissa une guide oour nous y conduire. Dés aussi-tôtquelle nous vit entrer dans la plaine de son ïîostel, elle vint avec se fille recevoirnostre Ambassadeur, & le mena avec grandes cérémonies en un vaste corps de lo-gis ,óu il n’y avoir pour tous meubles qu’un serge banc garni d une étoffe rouge, sorlequel elle nous fit asseoir, Sc nous présenta du The à boire, Sc quelques rares con-, . R 3 fitures,