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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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î34 l’Ambassade de la G. 0\ des Prov. Unies

fitures j ^excusant fort da petit traitement qu elle nous faiíoit, à cause de 1 absencedesonmary. Je ne puis nïempeseher de vous de'crire icy les habits, & les bellesqualités qui reluisoient en la fille de cette Dame, que j ay considéré attentivement.Parures des Cette Jeune Damoiselle estoit âgée de vingt ans ou environ, & estoit douée d uneDames de p ar f a ite beauté) Sc dune grâce naturelle quisurpafîòit toutes choses. Elle avoit fansTamrte. ^oute pris ses hautes parures, car elle estoit vestuë dune robbe de damas violet Sc fi-guré , qui luy pendoit fans contrainte jusques à terre, laquelle estoit assortie dunejolie ceinture de ruban, Sc fermée fur le sein de boutons dorés. La tréfilé de sescheveux peignée dune main délicate, Sc attachés par derriere, estoit couverte deperles, Sc surmontée d'un petit bonnet tislu de roseaux ou de bambous, ayant uneiloterecoquilléedesoyequi paíïòit par le haut avec unegentillefisenompareille.Les Damoiselles de moindre condition portent la ilote tréfilée seulement de crin decheval, Sc teinte en rouge. Son tour de perles, ses pendans d’oreilles façonnéscomme des anneaux d’or, ses braíTelets, Sc plusieurs autres riches joyaux faits enforme de fleurs, la rendoient si excellemment belle, que nous estions éblouis de fasplendeur. Et ne croyez pas que c estoit le fard, qui luy donnoit plus d’éclat, car somere(qui estoit vestuë de noir) reípondit à une demande que luy fit nostre Ambassa-deur fur le fard, que les vertueuses Dames Chinoises nettoient pas accoustumées defaire ronger leurs visages par ce venin* Sc qu on ne pouvoit tirer la beauté de la cor-ruption , Sc dit encore qu elles naccoustumoient pas leurs filles aux mignardises desparoles, à la pompe des habits, à la liberté, Sc aux plaisirs, ains aux exercices conve-Lecon pour nables à leur sexe, Sc à leur condition. Belle leçon pour les Dames Chrestiennes *les Dames q U j semblent n estre nées, que pour faire voir où peuvent monter les désirs de la na-de <e temps . ture déréglée,quand une grande fortune leur preste l’eípaule. On voit aujourd’huyun tas de petites coquettes - qui font faites comme des poupées, si délicieusementélevées, qu il semble qu on les ait nourries d or potable entre le cotton Sc la íoye ;ce font les divinités des peres Sc meres, qui font desia la pluye Sc le beau temps .dansleurs maisons au seul aspect de leurs visages. La joye Sc la tristesse de toute la famil-le fuit lestât de leurs humeurs, il ne les faut pas offenser non plus que ces astres,qu on croyoit envoyer des tempestes à ceux qui ne les avoient pas salués. Que peut-on eíperer de toutes ces mignardises ? Les sottises suivent les accroiísonces de sage.Sc se multiplient par degrés infinis. La raison est foulée aux pieds, Sc ia passion ar-mée d’un grand pouvoir se fait porter sor les eípaules des hommes : leurs désirs sontsons mesure * leurs volontés sons frein, leurs ardeurs sons modération, leur sensua-lité sons résistance, leur braverie, leur caquet, Sc cajollerie, leur ambition sont sonsremede. Quant elles partent de la main de leurs peres, pour estre livrées en cellesdes maris, elles viennent pour changer de domaine Sc non pas de nature. Un maryest tousjours sauvage à leur dire, si elles n’ont permission de tout faire. Et commeon dit que la Lune ne s’accorde jamais en qualités avec le Soleil, sinon lors qu ellela éclipsé : Aussi ne trouvent-elies pas d’accord au mariage, que dans f anéantisse-ment de f áuthoriré de celuy que Dieu leur a donné pour cher ; elles portent avecleur dot tous les vices de leur enfance, qui les accompagnent souvent jusques au sé-pulcre.

Quelle honte de voir encore des femmes parmi nous, qui employeur environ lequart de leur vie à se peigner, qui se font coëfser Sc habiller comme des Idoles partrois ou quatre servantes, qui ont plus de peine à conserver leur beauté que n eu-rent jamais les Veflales de Rome à garder le feu sacré. L une présenté du rouge Scl’autre du blanc, pour commencer f adultéré de leurs corps par celuy de leurs visa-ges ; l’autre tient un miroir ; l’autre n’oseroit dire que le temps de la Messe, ou duPresehe est desja passe, pendant que Madame prend ses atours. Si elles se rendentaux Temples, elles y passent l'heure à se morguer, à faire les dédaigneuses debonne grâce avec quelques petites cérémonies de dévotion, qui ne.vont quà fleurde peau. C est icy qu on prend plus souvent les résolutions du paíse-temps qu onchoisira pousse reste du jour. Puis suivent les visites d acouchées, ses promenades,Sc ses cours, 1e balet Sc ses festins, où Ion babile si fort, que peu de femmes siifsi-roient pour faire 1e bruit d’un moulin. On aime à ouïr, Sc à conter toutes sortesd affaires. Celles qui n ont pas les esprits si déliés, sentretiennent sor de menuesbesoignes, Sc de petits complimens, qu elles ont étudié l’eípace de dix ans ; ses au-tres qui sçavent monstrer qu elles ont leu quantité de Romans, ou de livres sembla-

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