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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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VERS l’EmPEREUR DE LA CHINE. 13^

hies, font des suffisantes, jusques à donner la loy aux Poètes, & aux écrivains. Lesautres qui n ont point ce goust là, n aiment rien plus quà contenter leur sensuali-té , Sc dans ces compagnies licentieuses prennent le feu Sc le vent de tous collés augrand préjudice de leur réputation. Je vous laisse à penser, mes Filles, si menantesune telle vie, vous pouvez mériter l’Epitaphe dune Dame Payenne, qui se void euun Pagode de la Ville de Pefing, qui eít tel : Pajsans , icy efi mise une Dame , en qui nefut rien de féminin , tout y fut mâle , tout y fut genereux , & tout y fut plein de prodiges.

Que dírai-je encore de la braverie d’un tas d’orgueilleuses,qui ont ce désir si bienenté dans leurs esprits qu elles ne le peuvent dépouiller qu avec la peau. Il sembleque c est Un péché originel, que toutes les femmes apportent du ventre de leur mo-re , auquel on ne trouve point de baptesine, Sc qui les laveroit de cette tache, estesles meuroient en procès. Encore, si cela n’estoit commun qu aux grandes Dames,à qui la terre, les rivières, &: les mers portent dequoy contenter leurs curiosités,cela sembleroit moins étrange, mais toutes les femmes de nostre Europe font néesavec cette passion, Sc l’encherissent si haut, qu il n’y aura tantôt plus de distinctiondans les ordres, puis qu’il y a tant de confusion dans les habits. Les Bourgeoisesveulent devenir Reines, Sc celles qui veulent d’ores-en-avant estre reconnues pourReines, il faut qu estes deviennent Bourgeoises. J’avoiie que l’on a quelque droitd’aimer la bieníeance, Sc propreté dans les habits, mais il faut tousjours demeurerdans les termes des plus réglées, en telle forte que les sages ne puissent blâmer lesexcés, ni ceux qui font plus raisonnables accuser les manquemens. Mais pour par-ler sincèrement il y a de la frenesie parmi toutes ces procédures. Qui verroit lesétoffes qu on leve-quelque-fois chez un marchand pour couvrir un petit corps, quiservira bien-tôt de curée aux vers, on diroit qu’on auroìt envie de vestir quelquemonstrueuse balene, Sc qui s'amuseroit à considérer de prés tout l’actirail d’une Da-me sor une table, fans jamais avoir veu aucune femme, il s’imagineroit que ce se-roit une mercerie capable de pourveoir une petite Ville. Elles ressemblent à cespetits oiseaux, qui n’ont point de corps, Sc ne sont quasi que plumes ; estes y appor-tent tant de modes, tant d’artifices, Sc tant d’inventions, qu elles en fatiguent lesplus forts esprits. Et ce qui est plus horrible, c est qu’on va puiser ces vanités dansle sang des pauvres, & quà mesure qu on les tire, on s’appauvrit tellement, quej’ay peur que la postérité n’ait plus den sujet de maudire nos dissolutions que de lesentretenir. Puis on trouve de certaines façons d’habits bourrés, contraints, baie-.nés, ferrés, qui semblent plustôt estre faits pour gehenner le corps, voires mémelés vendre que pour les couvrir. Je ne sçay pas ce qu on peut réserver aux yeux d'unchaste époux, quand on a porté par tous les marchés les secrètes parties de soncorps, aussi découvertes que si on estoit prest de les livrer aux plus offrans. Je neíçais pas quels maris se pourroient plaire à la publication de ces nudités, si cen estoient quelques Platoniciens, qui approuvoient plus la loy qu a fait ce Philoso-phe , à ce qu’on dit, de la communauté des lits, que la doctrine des idées, qui se»roient des viandes trop creuses pour rassasier la faim de la concupiscence. Vérita-blement,si nous avions encore une veine du plus parfait Christianisme, voire meírnesi nous avions seulement en recommendation la loy des Chinois, qui commandoitaux femmes de couvrir leur sein, & la modestie dans les habits, qu un chacun devoirporter selon son estât, nous deverions étouffer par une genereule conspiration tousces abus, Sc faire des dépouilles du luxe un pieux sacrifice de miséricorde, donnansen partie pour l’entretien des pauvres, ce que nous avons jusques icy dédié auxphantaisies de nostre esprit. Quand nous naissons avec quelques avantages ducorps, nous sommes les plus bestes créatures du monde ; pourquoy irons-nous men-dier de la gloire des poisons de la terre, des vermisseaux, Sc des dépouilles des mor-tels ? îì l’opinion y en ávoit mis, elle est desja toute fietrie par la confusion de tantde mains qui la cueillent incessamment. Pleut à Dieu que la gloire des plus grandesDames ne soit plus désormais que dans la grande modestie. Reprenons nos brisees.

Ayans donc pris congé de cette Dame, l'Ambassadeur Goyer nous vint joindre ■ y iesjimb*f-Sc allâmes promener hors de la Ville, Sc entrâmes dans une grande plaine (queries -ffsssfhabitans nomment Paolinxi,ou Paulingyng) laquelle enferme un beau bois de u villeplanté de pins, qui a de circuit plus de douze milles d’Italie ; Sc contient un petitmont, qui a servi de sépulcres aux anciens Monarques de la Chine , lesquels ont esté 5

tellement remués par la manie des Tartares, que leurs cendres qui ne dévoient plus