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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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VERS i/EmPEREUR DE LA CHINE. 139

le Royaume. Quant à leur accortise, il faut que j’avouë que je n en ay jamais ren-contré de telle, dans la conversation que j ay û avec quelques Seigneurs - touchantl estât de leur païs,desquels j’ay receu une telle satisfaction,que je puis dire qu’il sem-ble ìïestre nés que pour faire couler les sources de leur bonté íur ceux qui les ap-prochent. Si nous en recherchons les causes, nous trouverons que cela vient or-dinairement d’un bon tempérament qui a du feu 8c de la vigueur, 8c procede deslouables humeurs, Lc dune parfaite harmonie d esprit. Cela vient aussi de l’educa-tion, car ceux qui ont le bonheur d’estre splendidement élevés, tiennent à gloired'obliger, 8c de se faire par tout des amis. Adjoustez encore qu’ii y a tousjours quel-que gentillesse deíprit parmi ces coeurs aymans, qui désirant de se produire dansune vie sociable, & qui sentant qu elle n’est pas faite pour éclairer des sablons Sc desserpens, veut avoir des spectateurs, 8c des sujets de fa magnificence.

Cestoit un contentement de marcher sor les pavés lissés de cette Ville, devoirles rues nettes, où il n y avoit ni ordure, ni crotte, ni égouts, ni crieurs, ni frippon-nerifcs de laquais, parmi un si grand nombre de Noblesse qui y demeure, ni démar-ches de rodomons, ni charlatans, ni chiquaneurs, ni yvrognes, ni tous ceux qui ti-rent tribut de la chair humaine. Tout le monde y estoit occupé, & je n y vis pas un *seul fainéant, seulement voyoit-on des enfans en fort bas-aage, qui joùoient à unjeu dos tres-innocent, 8c portoient sor leurs visages enfantins la bonté des Peres 8cMeres imprimée d’un illustre caractère.

J’appris encore que cette Ville a beaucoup plus de liberté que les autres subju-guées par les Tartares, tant à cause de la multitude de ses habitans (qui estansmaniés à la verge pourroient aisément regimber) qu à causo de leur debonnaire-té : car toute leur estude est d’accorder leur cœur avec leur langue (à guise du ressort Sc dé l éguiste d’un horloge, qui vont tousjours de méme pas) 8c de se garder deperfidie.

Nous trouvâmes aussi en cette Ville un P. Jesoite nommé Emmanuel de Lisebon , m fesuîtequi vint bien-veigner les Ambassadeurs dans leurs Vaisseaux, où âpres leur avoirtémoigné toutes fortes de tendresse, les conviât tres-instamment de venir prendreA^.un repas à son logis : ce qu’ils refusèrent pour raisons d estât. Et comme il vit qu ilne pouvoit obtenir cét honneur, il les conjura d'y envoyer quelques Officiers deleur fuite ; J’y fus donc envoyé avec le Secretaire Baron , Lc il nous traita magni-fiquement avec plusieurs Chinois Chrestiens-Romains (car ils se frappoient la poi-ctrine Lc faisoient le signe de la Croix) qui témoignèrent d’estre fort satisfaits d’a-voir eu le bien de nostre compagnie. Jamais je ne vis Jesoite plus débonnaire, Lc ?plus ouvert que celuy-cy. Il estoit tout vie, tout feu, tout pieds, tout ailles, pournous obliger ; il souhaitoit avec passion un heureux soccés de nos entreprises, en-uoyoit continuellement de presens de cuisine à nos Ambassadeurs, Lc les visitoitjournellement, bien contraire à ceux qui font de l’argent le Dieu du monde, Lc del’interest le but où visent toutes les intentions.

Les Ambassadeurs avoient projetté d’envoyer d’icy quelques Lettres aux Japo*nois, mais ils changèrent d’avis, âpres avoir appris que le commerce estoit défenduavec cette Nation, par l’ordonnance de l'Empereur, qui estoit en estât de tirer ven-geance des Chinois de Suitjien 8c d Amey^ qui s’estans rangés sous les étendars du fa-meux Pirate Koxinga, avoient passés trois ans fort endommagés les terres des autresChinois rasez. Estant à remarquer que les Chinois,qui ne sont pas tondus ne veulentencore souffrir le joug dn Grand Cham , ni faire couper leurs cheveux à la façon desTartares, se moquans du Commandement général fait par ce Conquérant, au pointqu il se vit élevé sor son nouveau Thrône. Nous traiterons plus particulièrement dececy en son lieu.

Apres avoir employé quinze jours à la visite de plusieurs Grands Seigneurs de utjnnUf-cette Ville, nous prîmes résolution d’en partir le 18 . de May : mais à la vérité, ce nef***" .tut pas fans regret, puis que nous nous trouvions dans un lieu ou un cnacun vou- Banking.droit estre habitant. Croyez moy, Lecteurs, que tout ce que ces délicates plumesde l’Antiquité ont dit des Champs Elìfiens , Lc des Istes Fortunées , se retrouve icyauec des avantages qu on peut mieux sentir, qu’on ne les sçauroit exprimer. LeCiel y est riant, 1 air sain, les eaux bonnes j les faisons temperées, les vents réglés,la terre fertile, le séjour délicieux, la conversation charmante, les collines Lc lesvallées arrousées de lacs, de rivières Lc de fontaines - ombragées dune quantité