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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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140 l’Ambassade de la C. 0 \ des Prov. Unies

d’arbres ; émaillées de fleurs, tapissées de prairies, hérissées d’espics > de quelqliecosté qu’on se tourne, il semble que la Providence de Dieu ait eu de la complai-sance à embellir cette Ville, avec Ion territoire de ses mains.

Les gou- Nos Ambassadeurs n’avoient û jusques icy que des Barques communes, mais les

Nanking de Oouverneurs de cette Ville trouvèrent bon de leur donner quelques Lantes,ou Ca~pourvoient racores tirées du magazin ou de l'Admirauté de l’Empire, pour arriver avec plus ded'mtres magnificence 5c d’éclat à la Cour. Ges Vaisseaux avoient plusieurs chambres 6c re-\u%!aÌZ traites, magnifiquement basties, 5c artistement peintes 6c figurées. Ils avoient à labajsadears , poupe, à la proue, 5c aux costés des Dragons à gueules beés, de couleur jaune, puisdes galeries tres-belles lur lavant 5c fur l’arriere, qui fervent ordinairement auxMusiciens. Ceux qui ont décrit les beaux faits des Argonautes qui les premiersmonterent fur mer, disent qu il ne faut s’étonner de leur constance à surmonter lesdifficultés incomparables qu ils rencontrèrent en l'exécution de leur dessein, d au-tant qu Orphée les accompagnoit, lequel par la douce harmonie de ía harpe efíuioittous leurs ennuis, 5c leur faifoit perdre le souvenir de leurs travaux. Les Gouver-neurs pareillement voulans adoucir les amertunes du long voyage de nos Ambassa-

* deurs,leurs offrient des Musiciens,& des Bateleurs,mais ils les remercièrent tres-civí-lement de leur offres de forte que ces Galeries ne servirent qu aux soldats qui depuis

l’ or , ou le Kgnton NOUS avoient servis d escorte. Vous remarquerez en paíîànt que c’eitoitjaune est U q crime de leze Majesté de peindre les Vaisseaux dor, ou de couleur jaune,hmenlh’' Niesme de porter de dragons jaunes, fans une ípeciale grâce de l’Empereur, com-l'Empereur, me fi cette couleur estoit la plus puissante, 8c la plus venerable d entre toutes leschoses inanimées. Et à la vérité la magie la plus forte n a aucun charme, ni aucuncaractère qui soit comparable àsor, qui par ses précieux attraits est capable d é-branler 8c de corrompre les fidélités & les constances les plus confirmées. D’aiileurspeut-on voir une image plus naïfue d une genereuse Noblesse, que ce métal, quientre toutes les créatures résisté merveilleusement au feu, fans en estre intéressé ?Plus eft-il tourmenté 8c combattu par cét Element furieux, plus fait-il parêtre sonmérité, 8c ce qui le tenoit caché dans le brut, dans la terre, dans le cuivre, ou de-dans le leton, se met en veuë par les plus rudes atteintes que luy donnent les flam-mes ; de meíme que ces braves courages, qui n estans pas connus dans la poussièred une vie languissante, faute de belles occasions, éclattent merveilleusement dansle choc des armées, fans que ni le fer, ni le feu, ni la greffe de plomb puissent lesporter à lâcheté quelconque. Il n y a aussi rien de plus invincible que sor qui ne de-♦ cfyét jamais, 8c ne peut souffrir aucun amoindrissement, encore que les autres mé-taux se viennent à diminuer par la rouille, par luíage, 8c par le maniement que leshommes en ont. Si ce n est pas fur ces propriétés de l’or ou du jaune, que ces Em-pereurs ont jetté la veuë, peut estre ont-ils suivis en cela le sens commun des peu-ples, qui trouvent le jaune éclatant de lor le plus excellent entre toutes les couleurs,comme celuy qui dans la modération de son lustre tient grandement de la beautédes Astres. C’a esté de tout temps que pour exprimer la beauté de quoy que ce soit,on y employé le mot dor , 8c non seulement un Philoftrate a dit des larmes dor, ouun Syneje une ame d’or pour en marquer son excellence ; mais encore Pinâare leGentil a crû ne pas s’éloigner de la vérité, quand il a fait dire à ía plume, Neige d or.

On donna aussi des autres Vaisseaux à Pinxentou 8c aux autres Mandarins, qui fu-rent suivis d’un grand nombre de Seigneurs de cette Ville, qui estoient curieux devoir l’entrée 8c la réception de nos Ambassadeurs en la Cour Impériale.

Les^mbaf- Dés que nous umus pris congé des Gouverneurs, 6c des Magistrats de Nanfyng ,jÛnt un 1 ' NOUS passâmes pour la deuziéme fois devant un pont dressé fur quatorze Vaisseaux,re^/í,otf 5c âpres avoir quitté la porte de 6c fait environ deux heures de chemin ,

Us virent nous vimes au bout des dernieres murailles de la Ville, un Temple fort magnifique,

* où le Mandarin Tinxentou s arresta avec-toute fa flotte, pour y aller rendre ses hom-mages,6c ses vœux à l’Idole,8c y recevoir lès benedictons. Nous saccompâgnes parcuriosité. Cestoit un plaisir de voir les grimaces de ces pauvres aveuglés. Dés qu'ilsfurent en ce Temple, ils se prosternerent à í’envie sur le pavé, 6c se frappèrent lapoitrine avec hurlemens 6c lamentations, puis ils égorgèrent des boucs 6c des pour-ceaux , quils mirent fur l’Autel, au derriere duquel estoit planté un monstrueuxMarmouset, qu’ils diíòient estre le Tutelaire de ce lieu, 6c le Souverain Présidentdes eaux de cette contrée* toutes les autres petites poupées qui f entouraient

estoient