i4* l’Ambassade de la C. O r . des Prov. UNies
res hideuses, leurs voix en cris effroyables, leurs bouches en horribles grimaces, Scleurs âmes raisonnables en esprits maniaques & furieux. J en vis aucuns sé veau-trer, en Bacchantes échevelées (comme desMegeres lors quelles estoient éprisesdufrenetique ravissement ào. Bac chus) parmi la boue: Jen vis d autres rouler lesyeux dans la teste, comme des Taureaux enflammés, dont les ressorts n agissoientque par une épouventable furie. Quelques-uns par des effronteries, des importuni-tés,& harangues insupportables tâchoient d’ensorceler les oreilles Sc les bourses despassms : Sc les autres feignans d’estre troublés d une plus violente manie, se per-çoient quelques membres pour en tirer le sang, se frappoient l'estomac de pierres,ou heurtoient avec tant d'impétuosité leurs teltes contre les cailloux, que nous enfumes tous épouventés. Dés auffi-tôt que ces Farceurs ont achevé leurs Comédies,Sc attiré quelques pieces des Spectateurs, on les voit par bandes se rendre dans lecabaret, où âpres avoir fait chaude gorge de viande & de boisions, ils y perdent auvray la raison, qu'ils feignoient d’avoir perdue parmi les Carrefours. Croyez vousque les mendians de Ironie Sc de Parù qui fertilisent leurs veines, Sc font parade deleurs playes fardées aux pieds de toutes leurs Eglises, font moins dignes de blâmeque ces Payens ?
Cette Ville de Jejenjeen est entourée de fortes Sc épaisses murailles, Sc enrichie deplusieurs Temples Sc bâtimens, comme vous voyez par la figure precedente : Elle aun Faux-bourg, qui pour la multitude de ses habitans, la beauté de ses bastimens, Scle nombre des Marchands,pourroit mériter le nom de Ville. Pendant que nous visi-tâmes cette Ville, nos Truchemens nous racontèrent que le renommé PirateKoxittga Koxìnva avoit taíché d une pleine faillie de s'en emparer par le moyen de fa puis-tafche de santé flotte, qu’il sçût faire entrer secrètement dans ion canal, mais qu il fut con-fljlnjeen. traint de fe retirer honteusement, se traînant comme un grand serpent, qui chargédes païsans à coups de pierre a receù de l’esehec en son corps, Sc toutesfois a sauvéla teste. Les Bourgeois pourtant ne purent empescher qu il ne vomît son fiel, Sc dé-cochât sa rage sur les Vaiííeaux qui estoient à 1 ancre aux pieds de leurs murailles :ils fe tenoient assés heureux d'avoir détourné le cours des armes de ce Tyran, quiavec des gens sortis de l’écume de la terre, arrachoit des Villes, choquoit les Em-pires , Sc ébranloit les Couronnes, Sc les Sceptres des Indes. Ce Koxinga qui a sesretraites dans cinq grandes Iíles fort fertiles à 20. lieues ou environ de cette Ville,veille encore en nos jours comme un lion rugissant pour la surprendre, Sc la dé-vorer.
CHAPITRE XXXV.
t Arrìvfe des Amhafiadeurs a ^ uangcheu. Des Canaux Artificiels.
*Du Temple de Gjuangguamiao ,
utAmUf- a p reS avoir pris nOstre repos dans Jejenjeen , nous en sortîmes de bon matin, Scrivent h ~ -^Xnous trouvâmes le jour ensuivant, dans le rivage Septentrional du fleuve depuangeheu. J\iang prés du Chasteau de Qu angcheu, une grande Sc forte écluse de pier-res carrées à l’emboucheure d'un canal artificiel, qui pénétré jusques dedans le Laccanaux ar- âcPiexe. c est icy que l'on voit grande quantité de canaux percés à travers destificieis. campagnes, pour la commodité des habitans, Sc des voyageurs, qui avant l’inven-tion de ces industrieuses conduites, estoient obligés de prendre de grands détourspar mer pour entrer dans les rivières, ou de suivre leurs flux ennuyeux, pénibles, Scserpentans, pour arriver aux lieux qu’ils souhaitoient.
Nous entrâmes donc par le moyen de la siis-dite Eícluse dans le premier Canal,qui pénétré jusques à la rivière Jaune , Ce Canal a ses bords enrichis de toutes sortesd'arbres, Sc de fruits tres-agreables, de prairies verdoyantes, de campagnes rian-tes , Sc fertiles, de maisons de plaisance toutes assorties de jardins, dont les bellesallées semeés de fable d or, tirées à la ligne, historiées en mille façons, Sc dont lescompartimens Sc carreaux émaillés de fleurs embaumantes l’air de leur parfums, se-roient capables de persuader aux simples, que c'est icy la vraye terre celeste, ou leCiel de terre, étoillé de fleurettes musquées, emperlé de pierreries, plein de laitSc de miel. Je ne veux pas tout dire, car de ces Jardins, j en ferois un labyrinthede discours, & je n en íortirois jamais. C’est assez si je vous dis que les Bourgades Sc
Villa-