VERS l’EmPEREUR DE LA CHINE. 145
sires. Telleinent que ces Chinois se voyent insensiblement tributaires des mortel-les beautés, St captifs de leurs esclaves, qui par leurs impostures, leurs sinistres in-tentions , leurs attraits impudiques sçavent mettre le lacet au pieds, le bandeau furles yeux, St la glu fur les ailles de quantité d’amoureux morfondus, qui se .querellent/ bien souvent pour s’allcr rostir dans les cendres.
Et vous Mes-Dames, à qui Dieu a départi la beauté St la bonne grâce du corps, relie leçonSt duquel vous estez les maistresses, croyez vous qu’il vous est auíïì loisible de le pro- P onr laDítphaner ? Si vous le faites, St si vous logés dans cette belle maison, que Dieu vous a m5mbastie pour son service, une mauvaise hosteíse * une ame méchante St impudique,vous en serez contables au Jugement duTres-haut, voire méme avec beaucoupplus de rigueur que ces pauvresPayennes,puis qu elles n abusent de la grâce de leurscorps que par contrainte, St fans la connoiíîànce de la bonté Divine. Bon Dieu !combien en voit-on entre vous qui font les glorieuses d’un argent emprunté, St d'u-ne fleur passagère, dont le temps, la vieilleíse, la maladie St la mort partagent la dé-pouille ; qui découvrent une scandaleuse nudité pour attiser le feu dune mauvaiseconcupiscence 5 qui livrent leurs corps au déshonneur St leurs âmes à la confusion,par leurs mignardises, par leurs parures St habits à N la mode, sous la tyrannie des-«pels elles suent ou meurent de froid adorantes leurs supplices. Sachez, sachezque ce grand Juge permettra que cette malédiction annoncée dans les Prophè-tes, tombera fur vous: qu on tirera un jour vos carcasses des tombeaux, qu onles monstrera aux yeux du Ciel, St aux rayons du Soleil, St qu 011 dira ; Voilà lesos de celles qui íe sont glorifiées autresfois d une freíle beauté, d’un peu de cuirblanc étendu fur des ordures : les vers, St les serpents dominent maintenant la desfus, comme en une ville forcée, les corps sont la proye de la pourriture, St les âmesont Penser pour tombeau. O quelle catastrophe ! Gardez à Dieu, vostre beauté, ôFilles, les hommes 1 aiment comme les chasseurs font le gibier, mais Dieu la chéritcomme son Temple. Faites que toute Pétendué de son crédit, St de son empire scborne au service de son Créateur,elle n aura que trop de commandement quand esle obéira à celuy qui Pa faite. Un grand Autheur raconte qu’une Ville fort débau-chée,fut reformée par le moyen de la beauté des filles,qui s’addonnerent soigneuse-ment à la perfection Chrestienne, St ne voyoient personne de bon cœur de tousceux qui les recherchoient par voye d’un légitimé mariage, qu’il ne fut rangé dansles bornes -dune vie modeste, St reglée : ce qui fut un moyen tfes-eflicace pour ex-tirper les vices, St faire florir les vertus, de sorte qu en peu de temps on vit la faced une Ville toute nouvelle. Pratiqués la mefme façon, St Dieu bénira vos beautés,quand elles auront voué tout hommage à ses Autels.
Et vous Jeunes Aveuglés, croyez vous estre moins blasmables que ces Chinois j pour /«p*-îors que vous travaillés tous les jours à epier St marchander de la chair,n’ayans autre moi i' aux 'deísein que d’assóuvir une infâme concupiscence, qui est plus insatiable que le feu,que l’abyfme St Penser ? Si la nature vous avoit fait naistre Payens, ou bien quesques Mufiaphas^oxxx vous engraisser dans un serrait St que vous n’eussiez jamais ouyparler de bien St d honneur, cela seroit tolerable,mais de vous voir bien nés,St biennourris, passer la vie à tendre des piégés à la chasteté, à chercher ceux St celles quifonttrafic.despechezd’autruy, àstiler un malheureux serviteur pour en faire unmessager de vostre paíîìon, à promettre, à jurer, à seduire des pauvres filles aban-données , les mettre de la nécessité dans l'opprobre, St de l’opprobre dans le dés-espoir , comment cela ne seroit-il détestable ? J'en vois aucuns entre vous qui ressemblent ces oyseaux d’Egypte, qui ne veulent point faire leur nid si ce n est sur lespalmes ; auíïì ne veulent-ils pas porter leurs affections que fur des beautés illustres,
& les plus relevées. De cette qualité estoient Endymio?i , St P Empereur Caligula -qui se dégoutans enfin de toutes les femmes du monde, porterent P ambition deleurs amours, jusques par dessus la sphere du feu, St se persuadèrent qu ils estoientassés vaillans pour avoir la Lune en mariage. J’en vois d’autres qui baisent leschaisnes de leur servitude au lieu de les rompre, St font gloire d’immoler leur liber-té à une piece de chair, qui n est qu’un fumier couvert de neiges, un verre peinturéde fausses couleurs, une proye qui a plusieurs chiens âpres soy, une dangereuse ho-stesse dans une frele maison, un fruict de sucre en un festin, que les uns n’osent tou-cher par respect,St les autres gourmandent par sensualité. Allez vous en fier,ô bouil-lante Jeunesse, allez vous fier à un bien si périssable, à une fleur qui n’aqu’unmo-
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