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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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146 l Ambassade de la G. 0 \ des Prov. Unies

ment de vie ; allez vous prendre à un piege íì malheureux, allés attacher vos con-tentemens à ces cloaques mouillées d un peu deau de roses, à ces harpies embau-mées , à ces cadavres musqués, à ces carcasses fardées, envenimées, Sc mouche-tées ; que vous arriva-il autre choie sinon de courtiser un phantômc, qui s’échapantde vos prises, ne vous laissera rien que le regret de vos illusions ? Quittez, quittezces phrenesies de bonheur, de peur d’y conlommer vostre esprit, voítre chair, Scvos moyens, lesquels estans usés, ne vous peuvent faire que des hommes de vapeurs,de cendre, Sc de fumée. Retournons fur nos pas.

On voit au collé Orientale de cette Ville un grand nombre de Salines, où on tra-vaille incessamment. Il y a aussi un lieu de Peage, où il faut que toutes les denréesengagées fur ces canaux, payent les droits ordonnés : Vis à vis duquel on voit unpont basti de six bateaux qui veillent à la réception des dits droits.

On entre en cette Ville par trois portes, dont celle du milieu est: de fer ; les ruesfont fort propres, pavées de briques, Sc dreífëes en droites lignes. Il y a des canauxd eau douce, qui la partagent Sc coupent en plusieurs endroits, avec ving-quatreponts de pierre à plusieurs arches, fans parler des autres qui font plus petits, Sc enplus grand nombre.

>- Aussi-tôt que nous fumes arrivez en cette Ville, le Mandarin Pìnxentou alla saluer

le Grand Commissaire (qui estoit fraifchement venu de la Cour, pour y recevoir lesdroits Impériaux) Sc luy fit présent de quatre pieces de drap rouge, au nom desAmbassadeurs, mais nous nous persuadâmes qu’il le fit principalement pour sas.franchir de l’exacte recherche du dit Commissure, ou d’adoucir ses rigueurs. TousLet Manda- les autres Mandarins cepandant entrerent dans la Ville ', pour se rendre aux yeux durins bourde- monde auprès de quelques mignardes, afin d’aíîòuvir leur brutale passion. C est leUtrs ' chemin que tiennent en nos jours la pluspart de nos garnemens corrompus, qui fans

craindre ni Dieu, ni homme, ni pere, ni mere, ni proche, ni amy, ni Magistrat, niforce, ni douceur, ni remonstrances, ni bonne, ni mauvaise réputation, courent auprécipice les yeux bandés, Sc s abandonnent aux vices, qui estoient confinés dansles tenebres Sc nuits de Gomorrhe , les tirent au jour, les établiíîent parmi eux com-me des trophées à leur gaillardises, les publient, les pratiquent communément auxyeux du Ciel Sc de la terre, Sc disent, qu’il faut donner les coudées franches à laNature.

Hors de la Ville du costé du Couchant, on voit un Canal artificiel, qui apportebeaucoup d’ornement à un vaste Faux-bourg,qui íe rebastit tous les jours fur ses rui-nés causées par la fureur des Tartares, Sc reprendra bien-tôt ion premier lustre(aussibien que la Ville) tant à cause du grand commerce qui s’y fait, que pour le douxtempérament de f air, Sc la fertilité du terroir, qui íont trois puiíïans motifs pour yattirer Sc entretenir un grand nombre de riches habitans. On y voit entrant à maindroite un tres-beau Temple, Sc une magnifique Tour enrichie de plusieurs balu-stres , d’où on peut découvrir toute la Ville, Sc toutes les agréables campagnes quil’éncourtinent. Le grand nombre des Ponts de pierres artistement bastis, Sc élevesfur les eaux du dit Canal, apportent beaucoup de commodités aux habitans, & auxvoyageurs.

Heagt mon- L’on decouvre aussi proche de cette Ville une montagne tres-divertiíïànte nom-ragne. mée des habitans Heng.

Le lendemain, qui estoit le 25. de May, nous partîmes de ce lieu, pour pour-suivre nostre voyage. Nous vîmes en chemin douze fours à briques, proche des.quels on voit à la main gauche le célébré Monument d’un grand Sultan , qui com-me il avoir témoigné durant fa vie qu’il estoit né polir tout le monde, il n est pas seu-lement mort lans les larmes Sc les regrets de tous ses peuples, mais reçoit d euxincessamment autant de victimes Sc de vénération que la plus auguste de leursus cbM Divinités. Vers le Midy nous arrivâmes au Village de Saupoo , où nous trouvâ-eeiebrent le mes les habitans fort empeíchés en la célébration du nouvel an, qui commen-nouvei an. oo l e premier jour de la nouvelle Lune ; ce qui fut cause que nous reposâmes icyàlapriere de la femme du Mandarin Pinxentou , qui vouloir repaistre ses yeuxdes jeux de cette feste. Jamais je ne vis de plus plaisantes singeries : Tous leshabitans auoient leurs maisons étoffées de cierges allumés , Sc couroient àgrosiès bandes par les rués , comme des insensés , avec des chandeilles d unemain tortillées en forme de dragons, Sc de l’autre des petites images de poterie,

avec