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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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148 l'Ambassade de la C. 0 \ des Prov. Unies

tortillées fort artistement. Cestoit un plaisir de voir les singeries & les ébate-mens d'un petit garçon, qui pendoit à la queue, & faiíoit également bien & leplongeon, Sc le charlatan. Les trois masts eítoient couronnés chacun d'un Idole,comme aussi la pointe ou l'éperon de la proue,où l'on voyoit les ébats de quantité decanards qui estoient tourmentés par un Chinois. Il y avoit aussi à la queue plusieursétandars, tous richement entourés de poignées de cheveux, de bannières de íoye,& de longues plumes. Le tour de ces Barques estoit garni de franges dor & desoye. Il y avoit aussi deux Parasols avec un grand nombre de banderoles élevéesfur un pavillon, ou plustost fur un pont couvert dune toile blanche comme la nei-ge , sous lequel estoient douze matelots à bras nuds, revestus d’armoisin ou de taffe-tas, qui portoient fur la teste des couronnes dorées j 8 c qui fçavoient gouvernerleurs rames, faites en forme de cueillieres,avec une addresse,une vistesse,& un mou-vement si merveilleux, qu’on ût dit qu ils estoient animés & secondés de quelquesPuissances invisibles. Dés qu’ils apperceurent les Ambassadeurs, ils vinrent com-me des éclairs envers eux, pour les bien-veigner fur leur arrivée, & leur souhaiterun heureux íuccés dans leurs entreprises. Les Ambassadeurs, qui ne manquèrentpoint de laisser par tout quelques marques de leur générosité, chargèrent ces ra-meurs de quelques prefens, dont ils furent remerciés à grand cris de joye, & d ap-plaudissement

CHAPITRE XXXVII.

tArrivíe des <*Ambaj]adeurs à Kajutjiu , ou Kaoyeu , à Paoing ,

d Siampu , Ó^c.

Let^imhaf- 'VTous arrivâmes le 26. de May à Kajutsiu, selon aucuns Kaoyeu , quatrié-nveatà*' me p à te Ville de la Capitale dTangcheu s Elle est située au costé droit du Qa-

Kaojeu, ' nal Royal, proche des bords d'un granaLac, que les habitans appellent Piexe , quidistribue largement sos eaux à ce Canal. C estoit au pied des murailles de cetteVille, que tous les Vaisseaux qui venoient de NanQng par le fleuve de Kiang , &vouloient monter vers Pehing , estoient jadis contraints d’arrester durant les tempe*stes Sc les broiiillars. Mais ces retardemens ayant esté jugés fort dommageables aucommerce, on trouva bon, asin d’eviter les périls de ce Lac, de percer à son costéOriental un Canal, long de soixante stades, qu on garnit de pierres de taille, blan-ches , carrées, Sc d une telle groíseure, qu on a toutes les peines du monde à devi-ner , d'où elles peuvent avoir esté tirées, veu que dans les Provinces voisines on nerencontre aucuns rocs ni carrières.

Cette Ville est fort peuplée, & a des faux-bougs enrichis de tres-fomptueux bâ-timens, voires méme son territoire est si rempli d’habitans Sc d’edisices du costéd’Orient,qu on le prendroit pour une grande Ville. Du costé d’Occident on ne voitpresque que des eaux, que des roseaux, Sc des joncs, qui fe donnent à ferme auprofit du public, Sc dont on fe sert au lieu de tourbes, ou de bois, car pour des ar-bres on n en voit presque aucuns dans tout ce quartier.uoiilht Nous vîmes icy une quantité de moulins à vent, qui estoient dressés dune façon

commode, ^rtieuliere, A detournoient fort bien l’eau, estant tournés avec des voiles de nattefur une broche, ou un vis de fer. Le costé Oriental a de tres-beUes campagnes,toutes couvertes de ris, qui y croit en grande abondance, à cause que la terre estgrasse & argiUeufe. Les laboureurs doivent bien prendre leur temps, pour semerce grain, Sc fe garder de la trop grande humidité, qui le fait pourrir, ou de la tropgrande feichereíse qui le flestritrLes grands soins qu'ils apportent pour eviter cesdeux inconveniens par le moyen des dis moulins qui rejettent,& attirent les eaux aubesoin, font qu’ils ont presque tous les ans de riches moissons.

-paoìttg , Le Lendemain nous arrivâmes à P a o 1K g, qu’aucuns nomment Paucien , peti-VtUe. te yjp e fous la jurifdiâion àTancheu. Elle se voit à 80. stades de Kaoyeu. Ses mu-railles bien flanqueées, & de forme ronde ont une heure & demie de circuit, quifont défendues au Levant des marais de Xeyang , & au Zud-Ouest, des eaux du Lacde Piexe. Les ruines de ses édifices causées par l’insolence des Tartares, nous don-nent assés à connoistre quelle fut jadis fort considérable. Elle a dans un de ses Faux-bourgs un Temple fort somptueux tant au dedans qu au dehors, non loin duquel on

voit