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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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VERS L’EMPEREUR DE LA CHINE,

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avec lesquelles ils faiíòient semblant de se battre, ou se cáreíïoient les uns les au-tres en forme d’estreine. Je ne vous raconteray pas les bouffoneries, les. insolences,

Sc les débauches qu ils commirent âpres ces mommeries, puiíque vous les pouvezmieux concevoir, que je sçaurois vous les décrire. Chrestiens, à vous parler fran- .chementjje ne trouve pas que vous faites beaucoup mieux au renouveau de PAn,au jour des Rois, & en vos Carnavals. En ce temps là que de remuemens ne faitesvous pas pour vuider les airs, les terres, Sc les mers, pour contenter un estomach dequatre doigts, à qui un peu de pain Sc d eau pourroit fuffir ? combien d’empreíse-mens à chercher des huinres, des potirons, des tortues, des limaçons, Sc semblablesdéreglemens de gueule pour assouvir vostre lotte gourmandise. Et pour ne pointseulement accuser vos ventres, que ne font vos yeux ? ils se plaisent à voir nagerles poissons dans une mer de íuccre, voire des forests, des rets, des chasses, desoiíeaux, des animaux, des maisons, des chasteaux, des champs, Sc des armes toutessuccrées. Si la friandise avoir autant de pouvoir qu elle a peu de cervelle, elle feroitun monde de cette étosse, Sc puis le feroit fondre pour en faire tousjours de nou-veaux à fa fantaisie. Les oreilles veulent tenir leur partie en ce concert ,Sc pource il les faut chatouiller avec les plus exquises musiques, & des voix, Sc de toutesfortes d Instruments, qui fervent ss appas à l’impudicité : âpres viennent les mai-quarades, ies danses de Corybantes, le bal, Sc les balets, les mugueteries, leslibertés,, les effronteries , Sc tant de voluptés qui font fondre le corps en tantde corruptions, que je ne me perseade pas que les Ethìâques , les Hetrurìens , Scles Romains en ayent gousté de plus grandes dans leurs débauches Saturnales.

Avec quelle conscience un Chrestien vivant en cette façon peut-il eíperer un Para-dis ? Pense-il que lEnfer n ait de flammes que pour ce mauvais Riche mentionnédans 1’Euangiie, Sc que luy suivant les mesines pistes s affranchira de semblablessupplices ? l’Enfer regorge de tels gens, qui passent icy leur vie en delices, ouplustôt en b este - pour ne vivre plus que dans ^immortalité du feu, du ver Sc destenebres.

Nous vîmes fur le sus-dit Canal grande quantité de Vaisseaux fort étranges, mais Barques aLles plus rares Sc les plus gentils de tous furent deux Barques, ou Caracores, que les mìtablts.Chinois nomment LoNGscHON,à cause qu elles lont basties en forme de Ser-pens,ou de Couleuvres, mais avec tant de justesse. Sc dornement,queje ne crois pasque le Vaiíseau présenté par Sesiflrù à l’Idole qu’il honnoroit, pouvoit le surpasser.

Les ventres de ces Caracores ressembloient fort bien à des Couleuvres aquatiques,

Sc moussués:La pouppe estoit auíîì parsemée d’étrangesCouleuvres chevelues,& en-

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