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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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I

ijo l’Ambassade de la C. O r . des Prov. Unies

sans avoir encourus quelque dommage ; nonobstant les íòins, Sc les addrefîes d unegrande multitude d hommes y entrenus des deniers de la Couronne, Sc destinéspour gouverner les escluses, tirer les navires en tournant les roués, Sc les mettrehors de danger.

Cette Ville surpasse plusieurs de ses voisines en richesses, en negoce, Sc en magni-ficence de bastimens, Sc d’ouvrages publics, dont aucuns se ressentent de la duréedu temps, Sc du ravage de la guerre.

Yocheu , Il n y a qu une Montagne qui soit digne de remarque, laquelle pousse íês pointesmontagne. j u fq ues aux nu ë s , Sc paroit proche de la Cité de H ai , que les habitans appellent To-cheu. Elle enferme un Temple aux Idoles merveilleusement superbe, avec un Cou-vent ou Monastère tres-somptueux, qui sert de demeure Sc de retraite à tons lesPrestres Sc Sacrificateurs de la Province, qui font grandement estimés, honnorésconvent de des peuples , & favorisés de tres-belles immunités. Et à la vérité, telle a esté l’esti-me ^6 plusieurs Nations que les Royaumes Sc les Républiques estant établies fur laReligion, Sc la Principauté temporelle, comme fur deux colomnes, la Religiona tousjours voulu exceller d autant plus fur ce qui est de la Police, que les choses di-vines font relevées par defius les humaines. Et en cette considération les faveurs,les privilèges, Sc les exemptions ont esté d’ordinaire aux Prestres dans les plus gran-des Sc plus florissantes Monarchies, Sc Républiques du monde, comme on peut voiraux Histoires, Sc en la police des Egyptiens , des Assyriens ,àes Chaldéens , des Me des,des Perses , des Grecs , des Romains , des Gaulois , Sc des autres peuples.

L’honneur Sc le relpét que la Prestriíe avoir gagné dansTesprit de ces Nations,faifoit que les Monarques de la terre ne sembloient regner que d’un bras,sils ne fai-soient en une méme personne l'alliance du Sacerdoce Sc de la Royauté, en quoy ilsse monstroient quelque-fois autant iniques en leurs procédures,qu'ils estoient avidesen matière d'honneur. Les Empereurs Romains, qui êtendoient leur authorité au-tant que se pouvoit étendre le bout de leur lance, Sc qui se vouloient voir maistresdes armes pour estre maistres des loix, ne manquèrent pas de joindre la tiare avecle diademe, Sc de se faire grands Pontifes en méme temps que grands Empereurs ;cstimans que par ce moyen ils auroient plus de prise sur l'esprit des peuples, Scmoins d’opposition à combattre, quand ils auroient abbatu les Puissances qui pou-voient porter un merveilleux contre-poids à leur élévation.

Arìjlote dit que les vérités qui vont dans le sentiment commun de tous les hom-mes , passent en creance comme par arrest de nature. Or telle est l'estime de tousles habitans de la Province d eNanfyng, que s’iís venoient à faillir de se rendretous les ans dans ce Temple, pour y immoler leurs victimes, Sc faire des offrandesaux Prestres qui y demeurent, ils s’imagneroient d’estre dignes de la eolere Sc ven-geance de l’Idole qui y présidé, Sc de Tindignation de ses Clostriers.

Tout ce territoire est divisé Sc coupé de Rivières Sc de Lacs, Sc entr’autres duXkà, Ldc . grand Lac de Xehu qui abonde en poiíïòns, Sc mouille particulièrement les con-trées de Moayang, de Canyu, de Hai, Sc de Gantum. Le grand Lac Sc marais deHnng, Lac. Hung se decouvre au Levant de la Ville : c est là où croissent abondamment ces ro-seaux ou cannes, que les habitans brûlent au lieu de bois ; car comme tout ce païsest fort plat Sc marescageus,auílì ìïy a-il point d’autre matière pour se chauffer. Nonloin de ces marais regardant vers l’Orient, on void quantité de saline s, qui apportentun grand profit aux habitans.

Pendant que noús estions en cette Ville, la pluie y tomba en telle abondance,qu elle ne permit pas aux Ambassadeurs d’executer leur dessein, qui estoit d’allerrendre la visite auVice-Roy, &au Magistrat, qui les avoient bien-Veigné de leurarrivée. Le Mandarin Pinxentou traita icy magnifiquement les Ambassadeurs à undisner, durant lequel ils receurent la visite d’un P. Jseíuite, Gascon de nation, quileur témoigna une affection toute particulière ,& les avertit secrètement que lesPortugais employoient le verd Sc le sec à la Cour Impériale pour faire avorter leursentreprises, qui ne pouvoient estre que tres-dommageables aux marchands de Ma*kao , Sc qu au reste ils dévoient s armer de courage Sc d industrie pour íe defendrecontre le torrent de leurs malicieuses menées, Sc que l unique remede de pouvoitréussir à la Cour estoit d’emploier une des premières réglés de la plus subtile Politi-que , qui dit quil faut désarmer, Sc amollir'les passions des Courtisans par presens,comme on dit qu avec un raion de miel on dérouillé, Sc purifie les fontaines d’eautrouble. Nous