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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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VERS l’EmPEREUR DE LA CHINE. ‘ ' 1 67

fait part aux autres Provinces, & spécialement lors quelles font feichées. On ytrouve encor une forte de pommes, que ceux du païs appellent Su f u , qu on seichecomme les figues de nostre Europe, dont nous parlerons plus amplement en nostreseconde Partie.

. Les habitans de cette Province ont l’esprit plus lourd & plus grossier que les au- naturel destres Chinois ; auiîì en trouve-on fort peu qui s avancent dans les belles Lettres. Ils habitans 'font toutesfois hardis, entreprenans, & endurcis à la fatigue. On y void des petitsenfans fe jouer tous nuds en hyver, afin quils apprennent à supporter le froid. Désque ces petites créatures íont venues au monde, on les plonge dans les rivières pourreconnoiítre leurs petits courages, suivant lesquels on en fait des augures étranges.

Il me souvient que ces peuples belliqueux qui habitoient /Alemagne fe servirentauísi des eaux du J{hin pour expérimenter leurs énfans, comme on fait de la pierrede touche pour éprouver l or. Auísi-tôt qu ils choient sortis du ventre de leurs me-res, ils les portoient au Rhin , & le plongeoient dans ce fleuve, & alors ils recon-noiííòient par certains indices que lenfant donnoít, ou en luitant contre les ondes,où en fe monstraut trop paoureux ou effrayé, s'il devoir elìre ou courageux, ou pu-sillanime ,& celuy qui fe portoit bravement dans ce furieux elementestoit leurvray fils. Les hommes ne s’épreuvent plus dans le 7 (te,pour voir s’ils íont hommes,mais dans le Pactole, dans un fleuve d or.

Ce païs abonde en Voleurs & brigands, dont les fouppleíses & les industries quils Grand nom-ont en leurs exercices ordinaires égalent, voire surpassent les inventions & les arti-^A^'"fices des plus achevés filous de Paris & de l{ome. Et encore bien que la compagniedes Voleurs ne ressente rien de la focietê humaine, comme estant nourrie parmitoutes fortes d’infames actions, fi est-ce que ces Chinois ont érigé des statuts pourfe maintenir en leurs limites, & à guise dune République ils ont constitué des loix& des peines pour ceux qui contreviendroient à leurs edicts, constitutions & or-donnances , qui ont esté fort altérées par ces dernieres guerres, par la prise, & lechastiment que les Tartares ont fait de leurs Chefs. Et àla vérité fi l’Empereur n’ûtpris foin d’abord de les ruiner, ils estoient capables, par les puissantes troupes qu ilspouvoient assembler en peu de temps, de faire branler, voire méme de renverserfa Couronne. Partant il ne fe faut étonner si ce païs ne porte plus dans ses basti-mens, & dans ses campagnes que les funestes marques des Guerriers sens pitié. CesVagabonds à visages de fuis, ces coquins à regards d’éclair & de foudre, ces fré-tons à front stigmatisé de felonnie, ces Lutins d’Enfer à bouche fumante, ces cor-beaux , ces loups & ces chiens de voirie ne meritoient point de moindres supplices :ces bras armés de couteaux en bouchers sanguinaires ne dévoient passer que par sesefpées, les potences, & les cordes des bourreaux. O que que j’estimerois ma peinebien employée, & mon nom digne d une grande gloire, si nos Monarques fe re-veilloient au bruit de cét exemple. Les Larrons fement aujourd’huy par tout leurs Qu'Ucfine-artifices, par tout ils tendent leurs nasses & leurs filets, ils dressent par tout des em- ^^. de lbûches, ils ne cessent de chasser, de prendre, & d’attraper j & il est à craindre que si es * mlY ‘l’on n y remedie, quils enlèveront tout le monde avec leurs fourbes & hameçons.

Ils fe réjouissent âpres de leurs crimes, comme si cestoient des vertus, & font dessacrifices aux instrumens de leurs mefchancetés. Ils jugent de leur bonheur par lamultitude de leur proye, & de leur butin, & ne reconnoissent pas d’autre Dieu queleur bonne fortune. O qu il feroit à souhaiter que tous les Grands fussent du senti-ment de ces braves Alex. Severe , Trajan , & Agapete , qui difoient que commet-tre & permettre les brigandages, lors qu’on a toute puissance de les empescher,c estoit quasi la méme chose. Et en effet, ô Illustres Princes, c est tout fait, que defaire bonne justice ; Dieu ne vous a pas mis en haut pour autre raison, que pour voirles vices en bas ; si vous les exaltés, ils vous fouleront aux pieds, vous boirez tous-jours la plus grande partie du poison que vous aurez détrempé aux autres 5 & lorsque vous aurez rompu la palissade, la couleuvre (comme parle l’Efcriture) vousmordra tout le premier. Celuy-là est le plus grand Roy, selon le Philosophe Dtote-gene , qui est le plus juste, & s'il est fans justice, ce n est qu'un vain nom, & qu’unphantôme de Royauté ; le peuple ne sent pas s il est dévot, s il est sebre, s il estchaste, mais s’il est injuste, c est un malheur commun, & un sentiment public, com-me si le Soleil venoit à sortir de ses limites, ou si quelque astre malin faifoit naistreenterre des incendies & des déluges. Nous avons une naturelle complaisance à

con-