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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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VERS l’EMPEREUR DE LA CHINE. I/y

CHAPITRE XLI.

tArrivíe des <» Ambassadeurs a Xantsui , d Tungchang\ dit Temple

de Tey'wanmiao , &c.

N ous arrivâmes les 19. de Juin en la Ville de Xantsui, qu aucuns appellent Les ^ m i a pXeuchang , qui depend de la Capitale áYencheu. Elle est située à 1 60. stades de fadeurs ar-Cining , Sc mouillée de deux costés des eaux du Canal Royal. Ses bastions Sc ses cha.”J™íJsteaux la rendent inexpugnable. Sa forme est quarrée, & a une heure Sc demie decircuit. Les ruines des superbes bâtimens quelle enferme, causées par le dernier ra-vage des Tartares, font qu elle est fort peu pourveuë d'habitans.

Les Chinois nous monstrerent un marais joignant ses murailles, jadis fort cele- Temple a -bre pour un magnifique Temple qui y estoi t b asti, lequel fut abyímé en un instant bf m p a s cavec tous ses Sacrificateurs, fans qu’on en ayt jamais pû reconnoistre aucuns débris. >e n *'

Ils attribuent ce désastre à la mauvaise vie de ces Preitres, qui méprisaient leur reli-gion Sc leurs Dieux. Les Histoires nous fournissent plusieurs semblables chastimens.Paufanias raconte qu auprès de Mantinée, Ville & Arcadie , on voyoit un Templeconsacré à Neptune , dont lentrée estoit interdite aux hommes, laquelle n’eítoitdefenduë que de quelques petites cordes de laine, qu Epyre fils de Hippore Roy& Arcadie osa couper sans vénération : mais il en fut bien-tót puni, car dés qu il futentré dans ce Temple, il perdit les yeux par l’impetuosité des eaux qui sortirent su-bitement des entrailles de la terre, Sc en mourut. Mardoine Capitaine de Xerxespensant s’enrichir des thresors du Temple de Ceres érigé en la Cité de Cabire enBeotie , non loin dé Thebes , y entra avec toute son armée pour les enlever, mais il ydevint fi furieux Sc fì enragé,qu’il en mourut misérablement avec tous les siens. Unepareille avanture survint aux soldats d ’Alexandre le Grand, lesquels ayans maistriséThebes, voulurent aussi entrer dans le Temple, mais ils apprirent tous par une subitemort, causée par la foudre, que les Lieux saints ne dévoient pas estre soumis au bri-gandage Sc à la manie des guerriers. Phlegias Roy des Orchomenìens , ou des Lapi-thés, aprés avoir porté la terreur Sc la désolation par toute la Grece , voulut aussisaccager le Temple & Apollon en Delphes,Sc y tua Philamon qui y estoit accouru avecíes troupes pour le defendre ; mais il paya bien cherement la témérité, car peu dejours âpres tout son Royaume fut renversé par des tremblemens de terre,Sc ses peu-ples furent consommés par des feux du Ciel, ou périrent par une peste fans pitié.

Un Marchand de la Cité des Sybarites (qui estimoient d estre éternellement heu-reux) pour avoir gaullé un de ses esclaves dans le Temple, fut cause de la ruine de faPatrie. Cambyses fils de Cyrus envoya cinquante mille nommes pour mettre à feu Scau sac le Temple de Jupiter Hammon , mais ils perdirent tous la vie en chemin dansdes monceaux de fable elevés par une horrible tempeste. Brenne Capitaine Gaulois,dés qu’il ût pillé le Temple & Apollon , fut atteint d’une teste rage qu il devint sonpropre bourreau. Les Romains ayans pris Carthage (Ville si belle Sc si redoutablequ elle donnoit de ladmiration Sc de la crainte à toutes les autres Villes) un d’en-tr’eux dépouilla la statué à Apollon d une robbe dor, quelle avoit fur le dos, maisles mains de ce larron se trouvèrent invisiblement coupées Sc attachées à la robbeen punition de son crime. Nous apprenons de tout cecy que nous devons avoir durespect Sc de la vénération pour les Lieux Sacrés, de peur d’éprouver les verges dugrand Justicier du Ciel & de la Terre.

Le Pleuve Saffrané se faisant voye par la force de ses bruyantes eaux, par dessus inondationles plus solides, Sc plus hautes digues, s’empare souvent, comme un larron de nuit, d sl le sssde cette contrée, Sc y porte une désolation si grande Sc si sensible, que I on ne peut a " tan 'encore jetter les yeux fur elle, fans verser des larmes, au souvenir de tant de Cités,

Sc de Villages submergés- Sc d une infinité de personnes, Sc de bestes qui trouvèrentleurs sépultures fous les ondes.

Le lendemain nous partîmes de Xantsui , Sc vîmes 1 e Canal Royal bordé de plu-sieurs riches campagnes Sc beaux Villages ; nous rencontrâmes aussi cinquante huitEseiuses depuis Xantsui jusques à Lincing , qui retardent extremement le voyagedes passagers.

Non loin de Xantsui nous trouvâmes le Temple de Teywanmiao, que les

Chi-